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Livre "RALLUMEZ LE FEU" - (Editions Philippe REY)
(Sorti en novembre 2007)
(Mise en ligne avec l'aimable autorisation de l'éditeur)
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Présentation de Guy GILBERT lui-même dans sa lettre semestrielle N°80 de décembre 2007 : 1er
extrait : "Face
à la maladie d’Alzheimer
- Les vrais remèdes : le regard, la parole et le toucher" 2ème
extrait : "Joe
- L’innocence massacrée" 3ème extrait : "La création- Un mariage d’amour entre Dieu et les hommes" 4ème
extrait : "À
Dieu, Jean-Marie
! Un
« bulldozer » de l’Église" 5ème extrait : Les doutes de mère Teresa - La sainte des ténèbres |
Présentation
de Guy GILBERT lui-même dans sa lettre
semestrielle N°80 de décembre 2007 :
"Oui encore
un livre, intitulé Rallumez le feu. Il renferme la compilation de mes émissions
sur Radio Notre-Dame.
La demande est
forte pour que je mette sur papier ce que je médite sur cette radio chrétienne
de Paris, les mercredis soirs. Les thèmes sont multiples, aussi bien spirituels
qu’éducatifs.
J’ai donc dégagé
quelques chapitres que je t’offre en priorité, à toi lecteur fidèle de
cette lettre.
Ce livre est la
suite de L’Évangile selon saint Loubard et de L’Évangile, une parole
invincible, déjà parus.
Johnny Halliday a
une chanson célèbre : « Allumez le feu ». Chantée à plein cœur dans les
stades, elle est devenue un hymne qui dynamise les supporters des ballons ronds
ou ovales.
Puissent ces
pages dynamiser ta foi et te mettre le feu pour la vivre en actes. Il n’y a
rien de plus fort que la « convergence de ta foi et de tes actes » pour rendre
témoignage à la lumière divine.
Que mes mots
t’aident à devenir un « athlète de Dieu », c’est mon seul désir.
Bonne lecture"
1er extrait : "Face à la maladie d’Alzheimer - Les vrais remèdes : le regard, la parole et le toucher"
Comment aider
quelqu’un dont un parent est atteint de la maladie d’Alzheimer, cette
maladie qui détruit nos cellules cérébrales de façon lente et insidieuse ?
Je l’ai découverte
pour la première fois à travers un ami proche. Sa mère avait commencé par
nous accueillir en nous disant : « Bonjour, messieurs », comme si nous étions
des étrangers. Puis nous étions allés au restaurant.
« Que
voulez-vous manger ? » lui avais-je demandé.
Elle voulait des
carottes râpées. Je m’absentai un instant pour aller lui en chercher au
buffet. Quand je revins avec son assiette, elle demanda à son fils : « Mais
qu’est-ce que c’est que cet engin que tu m’as amené ? » (Elle parlait de
moi.)
Elle savait
encore qu’il s’agissait de son fils à ce moment précis, mais ce n’était
pas toujours le cas. Quant à moi, en voyant mon blouson noir, elle avait eu la
même réaction que la première fois où elle m’avait rencontré, vingt-cinq
ans plus tôt : « Mais qu’est ce que c’est que cet engin... »
Puis nous
l’avons raccompagnée chez elle. L’infirmière s’est assise à côté
d’elle. Alors la malade s’est mise à lui caresser longuement le bras. Elle
reconnaissait instinctivement cette personne qui s’occupait d’elle chaque
jour, mais plus vraiment son fils.
J’ai rencontré
également un homme qui ne parlait plus depuis des mois, mais qui souriait
toujours tendrement à sa femme quand elle lui caressait la joue.
Dans ma propre
famille, il y avait une femme qui avait toujours été très cruelle envers sa
fille. Quand elle fut atteinte d’Alzheimer, sa fille vint la voir régulièrement.
Un jour, cette mère qui n’avait jamais su que la frapper, lui caressa
longuement la joue. La fille m’a dit que ce moment avait été prodigieux. Il
lui sembla que tout ce qu’elle avait enduré dans le passé s’était effacé.
Bientôt des
millions d’êtres concernés
C’est en 1901
qu’Aloïs Alzheimer observa une patiente atteinte de troubles mentaux que la médecine
de l’époque ne pouvait expliquer. En 1906, il décrivait pour la première
fois le processus d’une telle maladie. L’appellation « maladie d’Alzheimer
» ne sera employée qu’en 1912 par Emil Kraepelin dans son traité de
psychiatrie.
Plus de huit cent
mille Français en sont maintenant atteints, mais l’on dénombre plus de deux
cent mille nouveaux cas chaque année. Plusieurs millions d’entre nous seront
un jour concernés. Les facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer sont
nombreux : vieillissement, susceptibilité génétique, environnement social et
culturel, affections vasculaires…
Les témoignages
remplissent aujourd’hui des pages et des pages de magazines et de revues
scientifiques : cette femme qui avait au début des problèmes de mémoire des
noms, puis de localisation, au point de revenir un jour chez elle à pied parce
qu’elle ne savait plus où elle avait garé sa voiture ; ces retraités de
longue date qui se lèvent et s’habillent à 6 heures du matin pour partir au
boulot…
La maladie entraîne
rapidement des troubles plus importants : perte du sens de l’orientation dans
l’espace, dans le temps, troubles du jugement, du langage, objets de la vie
quotidienne non identifiés... Les malades désapprennent irréversiblement.
Cette femme
assiste à la lente dégradation de son mari qui ne la reconnaît plus, au point
de lui demander si elle est mariée. Quand elle lui répond : « Oui, avec
l’homme qui est en face de moi », il se met à rire... comme si c’était
une bonne blague.
Leur mémoire est
un pull qui se détricote.
2ème
extrait : "Joe
- L’innocence massacrée"
Le 13 avril 2006,
nous apprenions dans la presse la mort de Joe, jeune Bruxellois.
Deux jeunes, Joe
et Gilles, âgés de dix-sept ans, viennent de raccompagner une amie à la gare
de Bruxelles. Alors qu’ils s’apprêtent à sortir, deux autres jeunes,
Marius et Adam, les croisent.
Voyant Joe
portant à l’oreille les écouteurs de son mp3, ils le bousculent et tentent
de le racketter. Comme Joe résiste, ils le percent de trois coups de couteau.
Joe s’effondre. Son ami Gilles hurle au secours dans les couloirs de la gare.
Quelques minutes plus tard, Joe meurt.
80 000 personnes
défilent dans Bruxelles, horrifiées par la mort d’un adolescent, tué sur le
coup pour un petit bout de ferraille musicale.
Étrangement,
j’avais gardé la photo du visage de Joe, et je l’avais placée sur un petit
autel qui se trouve chez moi. J’étais loin d’imaginer qu’un an plus tard
je me trouverais aux côtés de ses parents à parrainer une association de
sensibilisation à la violence et de défense des victimes.
Les parents de
Joe, Françoise et Guy, m’ont demandé en effet de les rejoindre pour
l’anniversaire de sa mort. Ils lançaient une association : « Non-violence à
l’école », et ils me priaient d’en devenir le parrain. C’était quelque
chose de nouveau pour moi. Certes, je suis d’abord au côté de la victime,
mais depuis quarante-trois ans, je soutiens et porte les bourreaux et les délinquants
afin d’empêcher qu’ils récidivent.
Ce fut un moment
exceptionnel de ma vie sacerdotale et de ma vie d’éducateur que de me
retrouver au centre d’un événement aussi énorme. Il y eut une messe commémorative,
une conférence, une foule immense et une mobilisation de toute la presse. Des
personnalités de premier plan étaient présentes pour soutenir la création de
l’association : les princes, Anne-Marie la présidente du Sénat belge et
deuxième personnage de l’État, des ministres, l’évêque, etc.
Dans toutes les
écoles, six cent quatre-vingt-seize mille élèves furent impliqués dans cette
manifestation contre la violence.
À la messe, à
l’église de Wavre, j’avais préparé un poème en mémoire de Joe, Joe dont
je ne connaissais que le visage. Heureusement, la veille au soir, assis auprès
de ses parents Françoise et Guy, ainsi que de leur autre fils Jimmy, j’avais
pu leur parler et leur poser quelques questions.
Le lendemain, je
pus également rencontrer le groupe d’amis de Joe. C’était très important.
Avec ces jeunes de dix-sept, dix-huit ans, nous avons passé un très beau
moment.
Pendant la messe,
devant un peuple belge compact, je dis que je ne connaissais pas Joe, mais que
j’avais écouté longuement ses parents et ses amis. Et que j’avais écrit
quelques phrases en sa mémoire.
Je les ai lues.
Je me suis tourné
vers son portrait et, doucement, j’ai applaudi. Toute l’église lui a fait
une magnifique ovation. C’était un moment intense. Un moment difficile mais
merveilleux.
La veille au
soir, sa mère m’avait dit qu’elle n’avait plus eu une minute de paix après
la mort de son fils. Après la messe, elle me confia : « Père, c’est la
première fois depuis un an que la paix regagne mon cœur. »
3ème
extrait : "La création- Un mariage
d’amour entre Dieu et les hommes"
En 2007, Al Gore,
ancien vice-président de Bill Clinton, est parti en guerre avec le film Une vérité
qui dérange. Il y annonçait la bombe climatique, dix mille fois plus dévastatrice
que la charge nucléaire qu’un stalinien de Corée du Nord vient de faire
exploser pour montrer sa force.
C’est une
croisade remarquable que conduit Al Gore. Le réchauffement climatique nous mène
bel et bien tout droit dans le mur. Les anciens et anciennes qui étouffent
pendant l’été ont compris qu’il faisait de plus en plus chaud sur terre.
C’est une certitude.
Les feuilles des
arbres tombent en août... Les glaciers fondent. Dans cinquante ans, ils seront
réduits des trois quarts et le niveau des mers aura monté de deux à trois mètres.
La Hollande sera engloutie, l’île de Ré sous l’eau. Des pays entiers
disparaîtront. Quant aux baleines et aux phoques qui ne peuvent survivre sans
leur banquise, leur espace vital aura tellement diminué qu’ils n’arriveront
plus à se reproduire normalement. Et combien d’autres formes vivantes dans le
monde disparaîtront… Vite, des congélateurs pour les ours blancs !
La crise
climatique menace notre civilisation et notre existence.
Nous avons raison
de combattre le terrorisme et de nous protéger des fanatiques. Mais, attention,
l’arbre cache la forêt ! La crise la plus sérieuse que nous n’avons pas
encore sérieusement combattue est cette bombe climatique que dénonce Al Gore.
Que faut-il faire
?
Qui d’entre
nous n’a pas été émerveillé par une fleur, les saisons ou un lever de
soleil ? La création de Dieu fait naître en nous l’harmonie et la beauté.
La création est un geste nuptial, un mariage d’amour, une alliance entre
l’homme et Dieu. L’homme joint ses mains à celles de Dieu dans la création,
il est Son co-créateur : c’est le génie du croyant de le croire.
J’admire les
balcons couverts de fleurs en plein Paris. J’admire les personnes qui
cultivent ces paradis minuscules. La création est l’affaire de tous. Le
pollueur, ce n’est pas l’autre, c’est tout le monde, et il faut
d’urgence que nous changions nos pratiques. Quitte à payer plus cher des
produits dont le processus de production respecte le milieu naturel.
L’environnement n’est plus l’affaire de quelques secteurs, c’est
l’affaire de tous : de nos dirigeants, de tous les présidents du monde.
C’est aussi notre affaire.
Le pollueur,
c’est moi.
L’homme peut à
sa convenance faire de la nature un paradis ou un dépotoir ; de la terre, un théâtre
de guerre ou un lieu de fraternité. C’est le faire ou le défaire de tous et
de toutes.
Un amour qui
vient à notre rencontre
Pour nous, chrétiens,
Dieu est amour, esprit, liberté. La création ne peut donc se situer que sur ce
registre. Aux incroyants, je dis que l’arrangement de la matière est trop
merveilleusement complexe et subtil pour que la nature ne soit pas le fruit
d’une pensée.
L’univers et la
nature ne sont pas une chose, mais un amour qui vient à notre rencontre, un
partage et un don, un geste d’amour qui demande réciprocité. Voilà pourquoi
je dis que c’est « un geste nuptial ». Répondez à l’élan de Dieu qui a
fait un mariage d’amour entre l’homme et la nature !
Tout être, de la
puce à l’hippopotame, du plus humble des champignons de nos forêts à l’étoile
du berger, est une part de la création. Tout être humain est capable de s’émerveiller
devant le spectacle des œuvres du Créateur. Tout être humain peut entrer en
communication avec Celui qui, par amour, a tout créé.
4ème
extrait : "À
Dieu, Jean-Marie ! - Un « bulldozer » de l’Église"
Un humain aux
dons multiples
« Lulu », comme
on l’appelait, je l’ai connu en 1971, quand il était curé de
Sainte-Jeanne-de-Chantal. Cette fois-là, chose amusante, nous étions à table,
et j’étais coincé entre les deux futurs archevêques : lui et André
Vingt-Trois.
Jean-Marie
Lustiger avait un caractère entier. C’était un homme d’action, tenace,
courageux. Il était parfois railleur. Ses intimes ne le disent pas trop, il
avait des colères homériques, mais c’est normal d’avoir des colères. Il
était rude aussi. Fallait le savoir et ne pas s’en offusquer.
Je me souviens
qu’un jour, à la cathédrale de Vienne – il devait avoir une hernie à
l’estomac ou quelque chose comme ça –, j’entre dans la sacristie pour
m’habiller, lui en sortait. Et voilà qu’il me dit : « Dégage ! » Parce
qu’il avait trop mal et peur que je le heurte.
Mais quand je lui
jetais parfois : « Je t’aime bien, Jean-Marie », sa réponse jaillissait
toujours : « Moi aussi, Guy. »
Un premier de
cordée
Il agaçait –
certains prêtres ne l’aimaient pas –, mais il touchait aussi. C’était un
entraîneur, un premier de cordée. Remarquablement intelligent, très intuitif.
Il avait une intelligence planétaire, liée à un extrême dynamisme. C’était
un chef avec des dons immenses et des défauts rugueux.
En France, du
temps où il était archevêque pour les catholiques de France, il incarnait à
lui seul l’Église catholique. Il est tout à fait étonnant qu’il n’ait
jamais été élu à la tête de la conférence épiscopale – il aurait
certainement bien aimé –, sans doute faisait-il de l’ombre aux évêques…
Ce n’est pas étonnant, avec une telle personnalité !
Quand je
voyageais en Europe, les curés me disaient : « Il n’est pas un peu stalinien
votre Lustiger, non ? » « Stalinien », c’était exagéré. Il voulait dire
qu’il avait une ligne dans sa mitre et dans sa crosse, et qu’il s’y
tenait.
Il y a dix-huit
ans, j’écrivis un article pour La Croix où je suggérais qu’on intègre
des hommes mariés dans l’Église. La Croix parut et, deux jours plus tard,
Jean-Marie Lustiger m’appelait :
« Enfin, Guy, tu
as vu ce que tu as écrit dans La Croix ?
– Oui,
Jean-Marie…
– J’arrive !
»
Il arriva à ma
permanence une demi-heure après ! Je le revois encore assis à mon petit
bureau. Il ne m’a pas passé un savon, disons... une savonnette ! Il m’a dit
: « Il faut que tu changes ce texte, ce n’est pas la ligne. » (J’avais déjà
reçu des courriers me félicitant pour cet article…) J’en ai tout de même
écrit un second en modérant mon propos. C’est le seul coup de crosse que
j’ai jamais reçu de lui.
Je le voyais à
toutes les grandes cérémonies, et parfois seul. J’ai beaucoup aimé une
phrase qu’il m’a dite un jour alors que je mangeais seul avec lui : « Guy,
dans ta mission impossible, ne dépasse pas le feu orange, avertis-moi avant. »
C’est-à-dire : « Si t’es totalement épuisé, mon pote, arrête, et
demande-moi un autre ministère. »
Une fois, il est
venu manger avec mes loubards : il a été très proche d’eux. Un dialogue épique
a eu lieu. Les jeunes étaient ravis. C’était un « écoutant ».
Je l’aimais
beaucoup, je l’avoue, et je le lui disais souvent ! La dernière fois, c’était
à la sacristie de Notre-Dame de Paris. Il était très affaibli. « Merci pour
tes lettres, Guy », me dit-il. Depuis très longtemps, je lui envoyais une
carte tous les mois, avec une photo des animaux de Faucon et quelques phrases.
Je critiquais parfois ses sermons – trop longs, un peu abscons –, mais il
n’y changeait rien, bien sûr… Et il souriait quand je le lui disais.
La voix de
l’ami
On connaît la
bave qui a coulé sur l’Église à cause de la capote. À ce sujet, Jean-Marie
Lustiger avait dit : « Si vous ne pouvez pas vous abstenir, ou si vous ne
voulez pas vous abstenir, prenez au moins les moyens qu’on vous offre pour ne
pas donner la mort ni la recevoir. »
Cette phrase
claire et forte d’un cardinal de l’Église catholique était parfaite. Elle
signifiait : « Prenez vos responsabilités. » Il prônait la fidélité, tout
en suggérant que la capote n’était pas faite pour les chiens, mais pour les
pécheurs que nous sommes.
C’était
l’homme de la parole. Il disait aux gens : « Vous venez à la messe comme à
une station-service, mais vous avez oublié une seule chose : c’est que
l’essence, c’est vous. » ça, c’est le génie de la parole !
Il était aussi
l’homme des médias. Je rappelle que c’est lui qui, en 1981, tout juste
archevêque, avait voulu Radio Notre-Dame (100.7 FM). Il disait : « C’est la
voix de l’ami ! » Pas la voix du catho ou du chrétien, non : la voix de
l’ami.
5ème
extrait : Les doutes de mère Teresa - La sainte des ténèbres
Quelle bombe,
lorsque les carnets secrets de mère Teresa ont été dévoilés à la presse !
Elle y disait que pendant cinquante ans, elle avait perdu la foi. Elle avait
douté comme une agnostique.
Cinquante ans de
désert
Il y a une
vingtaine d’années, j’avais été invité à Calcutta avec des équipes de
rue d’Asie. Je devais rencontrer mère Teresa. Hélas, je dus rentrer en
catastrophe car un des mes jeunes était accusé de meurtre. Je n’ai donc pu
voir le sourire de mère Teresa, ce lumineux sourire à propos duquel elle répétait
: « Mon sourire est un masque. »
Elle avait bien
demandé, et Jean-Paul II l’avait suivie, que l’on brûle ses lettres et ses
carnets. Alors pourquoi les a-t-on finalement dévoilés ? Parce que ces papiers
affermissent notre foi. Voilà pourquoi l’Église a passé outre.
Mère Teresa
avait ajouté cette phrase très belle : elle craignait que « les gens pensent
plus à elle qu’à Jésus ». Elle était très humble.
L’expression :
« Je ne suis pas mère Teresa » (ou « l’abbé Pierre ») est passée dans
le langage courant lorsque nous sommes confrontés à une situation demandant
une élévation au-dessus de nous-mêmes, Ainsi avons-nous érigé mère Teresa
en icône de l’amour inconditionnel et universel.
On la croyait
parfaite. On ne l’aurait jamais imaginée dans le doute.
Derrière son
visage lumineux, face à l’étendue immense et rayonnante de son action, ses
carnets révèlent une terrible nuit de la foi... Une nuit de cinquante ans ! Sœur
Emmanuelle avait dit avoir connu cette souffrance pendant trois ans... mais
cinquante ans !
Mère Teresa a été
béatifiée cinq ans après sa mort, ce qui est très rare, et elle court vers
la canonisation, c’est-à-dire qu’elle sera vénérée par tous les chrétiens.
Le doute n’est
pas un obstacle à la sainteté. Benoît XVI disait il y a peu de temps, devant
500 000 jeunes, à Lorette : « Mère Teresa, malgré toute sa charité et sa
force de foi, souffrait du silence de Dieu. »
Le prédicateur
de la maison pontificale expliquait que les mystiques comme mère Teresa sont
les évangélisateurs idéaux dans notre monde postmoderne où l’on vit comme
si Dieu n’existait pas. Ils sont arrivés tout près des sans-Dieu, ils ont
connu le vertige de se jeter en bas. Mère Teresa rappelle aux athées honnêtes
qu’il leur suffirait de faire un saut pour passer sur la rive des mystiques.
Du rien au tout.
En 1957, elle écrivait
: « Il y a tant de contradictions dans mon âme, un tel désir de Dieu et une
continuelle souffrance ; je n’ai pas de foi, pas d’amour, pas de zèle… Le
paradis ne signifie rien pour moi : il est un lieu vide. » Elle se languissait
de Dieu, et elle ajoutait : « Je suis parfaitement heureuse de n’être
personne, même pour Dieu. »
Cinquante ans
dans l’amour du Christ
Ces
contradictions, d’autres saints les ont vécues avant elle.
Souvenez-vous du
reniement de saint Pierre, dans les dernières heures de sa vie ; saint Augustin
torturé par la concupiscence ; saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus,
sainte Thérèse d’Avila, Charles de Foucauld... Combien de saints mystiques
ont été troublés ! Saint Paul de la Croix, fondateur des passionnistes,
disait que, parfois, il n’avait plus la foi, mais qu’il savait que ce
qu’il prêchait était vrai en voyant la paix sur les visages autour de lui.
Mère Teresa
disait : « Pour moi, le vide et le silence sont si grands que, quand je
regarde, je ne vois pas, quand j’écoute, je n’entends pas. »
Le père Brian
Kolodiejchuk, un proche d’elle, confiait : « Je n’ai jamais lu la vie
d’un saint où le saint vivait dans une obscurité spirituelle si intense et
si longue. Personne ne savait qu’elle était autant tourmentée. »
Mais n’oublions
pas qu’elle a vécu des expériences spirituelles très fortes. Malgré ces
cinquante ans de désert, les trésors inoubliables qu’elle avait ressentis
dans l’amour de Dieu ont dynamisé sa fidélité. Jamais elle ne se serait
engagée sur cette route de l’amour si elle n’avait pas eu ces moments, ces
expériences spirituelles. Elle a cru sans en avoir la preuve, convaincue que
l’amour vaut qu’on lui donne tout.
Elle communiait
à l’angoisse du Christ dans sa passion. Elle disait : « Si un jour, je
deviens une sainte, je serai sûrement celle des “ténèbres”, je serai
continuellement absente du paradis pour éclairer la lampe de ceux qui sont dans
l’obscurité sur la Terre. » Mère Teresa sera la sainte des athées et des
agnostiques.
Paradoxalement,
elle est encore plus grande, plus convaincante qu’avant. Elle nous console de
tous les fous de Dieu qui osent tuer au nom de Dieu.
« Une foi qui ne doute pas est une foi morte », disait Miguel de Unamuno.
TABLE DES MATIERES DU LIVRE: prochainement mise en ligne ici
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