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TEXTES de GUY GILBERT SUR PAQUES : 

Les textes ci-dessous ont été édités par les Editions "Stock" et repris par les Editions "Le Livre de Poche" ; reproduits ci-dessous avec leur aimable autorisation.

Le texte le plus complet de GUY GILBERT sur Pâques est dans le "CHEMIN DE CROIX" qu'il a rédigé en 1998 (67 pages).

Voir prix dans la page du site consacrée aux LIVRES

 

1 - "L'ESPERANCE DU CHEMIN DE CROIX" (texte lu pendant le chemin de croix dans le 8ème arrondissement de Paris le 14 avril 1995 au départ des Champs-Elysées)

Extrait de "DIEU MON PREMIER AMOUR" (1995)

2 - CHEMIN DE CROIX

Extrait de "DEALER D'AMOUR" (1997)

3 - "VISAGES DE PAQUES"

Extrait de "L'ESPERANCE AUX MAINS NUES" (1992)

4 - "JOIE ET PAIX : PAQUES"

Extrait de "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES" (1991)

5 - "CAREME : PAS SEUL ET PAS POUR SOI"

Extrait de "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES" (1991)

6 - "FETE DE L'AMOUR : JEUDI SAINT"

Extrait de "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES" (1991)

7 - "SOUFFRANCE ET ESPOIR : VENDREDI SAINT" 

Extrait de "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES" (1991)

 

CHEMIN DE CROIX VENDREDI SAINT -14 AVRIL 1995- (dans le 8ème arrondissement de Paris au départ des Champs-Elysées)

“LA JEUNESSE D’AUJOURD’HUI ET L’ESPERANCE”

 

Le Christ est en agonie jusqu’à la fin des temps. Essayons avec la Vierge de suivre les étapes de cette agonie qui a commencé il y a 2000 ans et qui continue dans l’humanité à travers les siècles. Essayons avec la Vierge de toucher la frange des vêtements, la pointe de l’âme du Christ. Triste à en mourir, le Christ est oppressé par les péchés et les douleurs des hommes et prie pour ses bourreaux. Christ qui souffre aujourd’hui dans le coeur de millions d’hommes, de frères.

  Les trois premières stations se trouvent sur le Rond-Point des Champs-Elysées.

 

  1ère STATION : PILATE CONDAMNE JESUS A MORT

  LA CROIX EST CONFIÉE A UN GROUPE D’EVANGÉLISATION DE RUE (communauté de l’Emmanuel).

Evangéliser:« c’est d’abord vivre de telle façon qu’à notre seule façon de vivre on pense que c’est impossible que Dieu n ‘existe pas. »

 

C’est pas gueuler Dieu d’abord.

 

C’est Le vivre, à fond la caisse.

 

Notre société condamne combien de jeunes, et de moins jeunes, à mort. Luttons pour redonner vie à tant de S.D.F. de meurtris, de cabossés de la vie.

Tu diras que c’est l’affaire des hommes politiques. Le Christ condamné à mort le dit: “C’est ton affaire. Bouge-toi.

Partage. Lutte et aime là où tu es”.

Seigneur, je t’en supplie. Donne-moi une âme de combattant pour être Le guerrier de la seule guerre de notre temps celle de repousser la misère, la pauvreté, la solitude, l’égoïsme.

  2ème STATION : JESUS EST CHARGÉ DE SA CROIX

LA CROIX EST CONFIÉE A DES MEDECINS ET A DES INFIRMIERS.

 

Les toubibs, les infirmiers repoussent la mon, allègent la souffrance. Leurs coeurs, leurs mains, leur puissance créatrice cherchent à guérir la maladie, à apaiser la souffrance. Métier merveilleux de celui ou celle qui ne voit pas d’abord un corps qui appelle à l’aide, mais un coeur qui a besoin du sourire de l’infirmier des yeux de tendresse du docteur ou du chirurgien qui écoute d’abord.

Seigneur, donne à tous ceux et celles qui aident les malades : des yeux qui “soignent”, des coeurs qui ne s ‘habituent jamais à la souffrance.

3ème- STATION : JESUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS

  LA CROIX EST CONFIÉE A UN COUPLE AVEC UN BÉBÉ, A DES RWANDAIS... THEME DE LA VIE.

 

La vie est faite de chutes, de rechutes, et sans cesse de remontées.

L’épouvantable tuerie du Rwanda a été une gifle immense pour nous tous, chrétiens. Comment ont-ils pu se tuer, se découper; se mutiler entre chrétiens ? Arrêtons de juger Les forces du mal ont apparemment triomphé L’espérance est au bout de tout calvaire, quelque terrible qu’il soit.

C’est la lumière fulgurante du Christ qui, seule, saura faire renaître un peuple mutilé dans son coeur d’abord.

Seigneur, fais que je croie absolument que tu ne permettras jamais que nous puissions porter une croix trop lourde pour nous. Tu l’as dit. Donne-nous la force de le croire. Donne-nous aussi de respecter la vie en tout homme.

 4ème STATION: JESUS RENCONTRE SA MÈRE

LA CROIX EST CONFIEE A UN ETUDIANT, UNE PERSONNE HANDICAPEE, UN JEUNE PRETRE, UN SEMINARISTE ; THEME DE L'ESPERANCE

 

Quelles espérances pour les jeunes d’aujourd’hui ? Un joint au coin des lèvres ? Un verre d’alcool de trop ? Des somnifères pour tout oublier ? Des night-clubs à la musique assourdissante?

4 000 jeunes meurent au cours d’une année, de samedi soir en samedi soir; enroulés autour d’un platane en sortant d’une boîte.

 

400 se jettent dans la mort parce qu’ils n’ont plus envie de vivre. Et tant d’entre eux tentent d’en finir...

 

Les adultes ont une formidable responsabilité par rapport aux jeunes!

 

Soyons des vivants ! Soyons des battants ! Soyons des hommes et des femmes premiers de cordée !

 

Alors, forcément, les jeunes suivront.

 

Seigneur, avec le sourire et le coeur de Marie, donne-nous d’être des coeurs qui aiment, des oreilles qui écoutent des regards où les jeunes vibreront de joie. Parce qu’ils y liront l’espérance...

5ème STATION: SIMON DE CYRENE AIDE JÉSUS À PORTER SA CROIX

 LA CROIX EST CONFIÉE A UN JEUNE ANGLICAN UN ORTHODOXE. UN CATHOLIQUE... THÈME DE L ‘OECUMÉNISME

 

L ‘oecuménisme, c ‘est du pipeau si d’abord nous ne le vivons pas en actes.

 

Carême, Ramadan, Yom-Kippour des temps de prière et de conversion à partager

 

Aller chez l’autre jusqu’où je peux. S’entraîner à vivre des valeurs qui se recoupent dans toute religion, c’est grandir; c’est faire grandir; et c’est faire aimer Dieu.

 

Dieu rassembleur de tous les hommes.

 

Seigneur, ce qui nous rassemble est plus grand que ce qui nous divise”. Aide-nous à bûcher nos certitudes chrétiennes, tout en partageant ce qui est grand beau et bon en celui ou celle qui a une autre foi que la mienne.

  6ème STATION : LA SAINTE FACE DE DIEU

  LA CROIX EST CONFIÉE AU MONDE DES MÉDIAS

Nous nous repaissons de médias.

Et nous crachons sur les médias.

S’ils savent révéler l’essentiel et biffer le dérisoire. S’ils savent partir du plus haut en évitant de zoomer au-dessous de la ceinture. S’ils savent dire Dieu dans l’humain le plus pauvre, le plus petit, le plus oublié, alors les médias diront Dieu.

 

On a trop de stars.

 

On a simplement besoin d’étoiles qui guident

 

Seigneur, fais-nous toujours admirer Les mille lucioles de l’Eglise. Nous les côtoyons tous les jours, dans le métro, dans la rue, partout.

 

Donne-nous ton regard pour ça.

7ème STATION: JÉSUS TOMBE POUR LA DEUXIÈME FOIS

LA CROIX EST CONFIÉE AU MONDE DES ARTISTES

Certains nous font rire. D’autres pleurer. Certains atteignent le fond de notre coeur D’autres nous ravissent par la grandeur de leur talent

Tous les artistes nous font admirer la grandeur de la créature de Dieu.

Sans oublier les innombrables jeunes de banlieue qui, dans l’anonymat des salles obscures, aident à créer; imaginer un monde meilleur Faire rêver d’aller plus haut que notre condition humaine, c’est atteindre l’infini de Dieu.

 

Seigneur, fais-moi me dépasser. Fais que les dons que tu m’as donnés, je ne les garde pas pour moi. Donne-moi avec mes talents, la joie de les partager.

8ème STATION : JÉSUS INTERPELLE LES FILLES DE JERUSALEM

 

  La croix est confiée à des lycéens et des professeurs

 

 

Une école où l’on ne travaille que l’intelligence d’un jeune est un école pourrie. C’est une trahison. L’école doit permettre de cultiver les coeurs d’abord. Une école élitiste tuera les plus faibles.

 

Des professeurs, avant d’être attentifs aux résultats scolaires, cherchant a donner force et puissance aux coeurs et aux esprits & leurs jeunes, sont de grands saints de ce temps.

 

Seigneur, multiplie l’amour fraternel dans les écoles. C’est le seul moyen de donner pour demain aux jeunes, une colonne vertébrale qui les solidifiera à vie.

9ème STATION : JÉSUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS

LA CROIX EST CONFIÉE A DES SCOUTS ET A DES JEUNES DE L’ENTRAIDE DE LA PAROISSE

 

Innombrables étoiles sont les groupes de jeunes, de toutes obédiences, de toutes religions, qui consacrent week­-ends, loisirs, au service de leurs frères et soeurs.

 

S’éclater tous les samedis soirs n’est pas le plus sûr moyen d’être grand demain. La grandeur d’un adulte se mesure à sa capacité de don pendant le temps irremplaçable de son adolescence.

 

Seigneur, aide-nous à choisir le don de nous-mêmes. Fais-nous grimper les sentiers escarpés et fuir les autoroutes de la facilité et du “Fais ce que tu veux et ce que Lu sens”.

 

10ème STATION: JÉSUS EST DÉPOUILLE DE SES VÊTEMENTS

  LA C ROIX EST CONFIÉE AUX CHRÉTIENS EN ENTREPRISE

 

Sans patrons, pas d’ouvriers. Sans ouvriers, pas de patrons. Que celui qui dirige soit serviteur d’abord. C’est une grâce de diriger une entreprise.

 

Parce qu’elle fait vivre.

 

Parce qu’elle doit d’abord être conviviale.

 

Parce qu ‘elle s ‘occupe d’abord de celui qui est faible et démuni.

 

Si l’entreprise n’est que compétitive, elle tue l’homme, et ne se sert que de sa sueur pour progresser Que la sueur du patron (parce qu’il sue aussi) soit force d’amour et d’espérance.

 

Seigneur, donne au chef d’entreprise l’humilité de celui qui sert et la combativité de celui qui partage d’abord. Donne à chacun la fierté de ce qu’il fait.

11ème STATION: JÉSUS EST CRUCIFIÉ

LA CROIX EST CONFIÉE A UN MALADE, UN CHÔMEUR, DES FIANCES... THÈME DE LA CONFIANCE

 

Dur le chemin du malade.

 

Terrible le sentier du chômeur

 

Ardue la route embaumée des fiancés.

 

Tant de jeunes sans un sou, les mains dans les poches, à l’âge où l’on sent une telle puissance de créer ensemble!

 

Tant de gens malades du sida, ou cloués par l’accident terrifiant. Tant de fiancés bâclant leurs fiançailles pour vite convoler et, aussi vite, se séparer

 

Apporter jusqu’au bouta celui qui se meurt, dans l’éclat de sa jeunesse, la paix de Dieu.

 

Ne pas laisser seul le jeune qui, sans un centime, écoutera très vite les sirènes du marché de mort de la drogue.

 

Aider; dynamiser les fiancés pour les aider à se préparer à ce moment unique où ils se diront “oui” pour la vie.

 

Seigneur, nous te confions notre avenir. Nous mettons notre confiance dans ton amour pour chacun de nous. Eclaire-nous dans les choix importants de notre vie.

12ème STATION : JESUS MEURT SUR LA CROIX 

LA CROIX EST CONFIEE AUX MEMES PORTEURS : MALADES, CHOMEURS, FIANCES

Les trois derniers jeunes que j’ai enterrés sont partis violemment, à l’image de leur jeune vie désarticulée.

 

Christine s’est jetée d’un balcon au cours d’une drogue-partie.

 

Philippe est mort d’overdose la nuit de Noël.

 

Nicolas est mort, au cours d’un hold-up, de trois balles dans la tête. Il sortait de prison.

 

Revoir ces visages une dernière fois est toujours terrible pour moi. Et puis jaillit toujours celle prière : « On se retrouvera. Vous êtes dans l’Amour maintenant. Cet Amour que désespérément vous n ‘avez pas pu, ou pas su, atteindre sur terre ».

 

Seigneur, donne-nous de rester en union avec tous ceux et celles qui sont dans ton Coeur maintenant.

 

13ème STATION : JESUS EST DESCENDU DE LA CROIX ET REMIS A SA MÈRE

LA CROIX EST CONFIÉE A DES CHRETIENS DU SUD-EST ASIATIQUE

 

Grâce a la télé, le monde est chez moi. Je peux le contempler avec indifférence, voire lassitude.

Je peux aussi porter la croix des chrétiens persécutés dans Le Sud-Est asiatique, au Soudan, en Arabie Saoudite et dans tant d’autres pays.

Je peux aussi porter la croix des bouddhistes laminés au Tibet, des musulmans dont on rase les mosquées en Yougoslavie.

 

Je peux être dans le coeur du monde et vibrer à toute détresse.

 

Seigneur, fais-moi croire que, si je grandis, le monde entier se réchauffe. Si je rapetisse, le monde entier se refroidit Fais-moi le croire pour ne rester indifférent à aucune blessure, à aucune injustice.

14— STATION: JÉSUS EST DÉPOSÉ AU TOMBEAU

LA CROIX EST CONFIÉE A DES JEUNES PRÊTRES

 

Le prêtre est un sourcier de Dieu. Plus humble que lut ru meurs.

Le prêtre est un vivant A condition de vivre dans le monde et de n ‘avoir pas peur de patauger dans la boue la plus sordide.

 

Le prêtre est un besogneur Aucune tâche ne le rebute. Il ne fait pas de grandes choses. Il avance à petits pas, les petits pas de l’amour.

 

Le prêtre est un mystère. Quoi de plus grand que de faire descendre l’Amour dans ses mains nues!

 

Il n ‘est qu’un serviteur Son modèle, c ‘est le Christ.

 

Ses pasteurs c’est Jean-Paul, et son lieutenant: l’évêque.

 

Son travail prioritaire: le plus petit de ses paroissiens.

 

Aucun champ ne lui est interdit Aucune charrue ou bulldozer, il bosse là où il est conduit.

 

Seigneur, toi qui appelles toujours à moissonner dans ton champ, donne aux pasteurs de ton Eglise la force de l’espérance, la solidité de la foi et la puissance de ton Amour.

Alors sa vie appellera à la sainteté.

 

La sainteté, c’est la joie.

Etre un saint, c ‘est se révéler par sa vie conducteur de joie.

 

Cela fait forcément des petits.

 

Ce chemin de Croix a été rédigé par le Père Guy Gilbert et un groupe de Jeunes de l’Emmanuel en avril 1995

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CHEMIN DE CROIX -1997 (extrait de  "DEALER D'AMOUR")

 

Si tu souffres, si tu es dans la merde, si tout va mal pour toi, si ton amour s’est barré, si ton meilleur ami t’a trahi, si tu es malade, si tu es handicapé, si tu es seul,

si... (mets ici ce que tu vis de dur), alors, ensemble, on va faire ce Chemin de Croix.

Si tout va bien pour toi

Si tu as un amour et un travail

Si ta forme est superbe

Si l’horizon s’éclaire pour toi

Si ta vie est un conte de fées,

je t’en prie, faisons ensemble le Chemin de Croix.

 

T’es pas con. Tu sais bien que la souffrance peut t’atteindre n’importe quand et n’importe où. Vis ce Chemin de Croix avec tous ceux et celles qui n’ont pas ta chance.

La souffrance, je connais... Mon méfier d’éducateur et ma mission de prêtre me mettent, depuis trente-deux ans, au coeur de la souffrance humaine et je pète de joie. « Anor­mal, ce mec », diras-tu. —

« Non, pas du tout. » Car je vois toujours se profiler la flam­boyance de la Résurrection.

Et je sais qu’il me faut passer par la souf­france. Mystère total, pour moi d’abord.

Mon méfier d’éducateur est de soulager la souffrance. Ma mission de prêtre est de don­ner le pardon du Christ qui efface, magnifie, purifie toute souffrance.

D’où ma joie!

Ma force invincible, c’est de croire plus que tout qu’il a souffert au-delà de l’imaginable pour moi, pour toi. Ça me fient Ça me remet debout toujours. Ça me donne une puissance vitale qui dynamise mes vieux os de soixante-deux ans.

Aucun découragement durant cette longue mute; dans ce Chemin de Croix permanent où l’Église m’a demandé de vivre au contact de jeunes qui souffrent au-delà du possible.

Un chrétien doit trouver dans la souffrance et l’épreuve des motifs d’aller plus baut, plus loin, plus profond. Avec le Christ.

La Croix est l’emblème du chrétien. « Inad­missible », disent ceux et celles qui voient simplement un mec torturé achevant sa vie dans d’atroces bâtir déjà ici-bas, au milieu de multiples croix, le paradis de l’Amour.

J’y cours, toi aussi. Nous y allons tous et toutes. Ce Chemin de Croix nous y aidera.

Avec un de mes loubards super-baraqué, je me baignais dans une piscine. D’un seul coup j’aperçois, tatouée sur son dos musclé, une magnifique page d’Évangile. Autour d’une croix qui couvrait entièrement ses muscles d’Apollon, on pouvait lire distinctement: « il a souffert avant moi. »

Je ne lui en ai jamais parlé. Mais d’un seul coup, sachant son parcours terrible de combattant où je l’avais suivi de prison en pri­son, je comprenais qu’il avait appris, à travers une enfance et une adolescence terrifiantes, que sa souffrance n’avait jamais été inutile. Parce qu’il l’avait portée avec Celui qui lui avait dit, sans doute dans le secret de son coeur et d’une cellule, qu’il était l’Amour et qu’il était toujours là quand il souffrait, déses­pérait et n’en pouvait plus. Là. en priorité absolue.

Le Chemin de Croix n’a pas d’autre but que de suivre le Christ dans Son calvaire. Et d’aller au-delà de cette souffrance insuppor­table.

Allons au-delà ensemble.

Et tu verras au bout la lumière qui te transfigurera...

souffrances.

Croix sublime qui me donne chaque jour la force pour me dépasser. A aller de l’avant, en voyant sans cesse en moi, en toi cette lumière de la Résurrection qui m’appelle, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à donner tout, pour bâtir déjà ici-bas, au milieu de multiples croix, le paradis de l’Amour.

J’y cours, toi aussi. Nous y allons tous et toutes. Ce Chemin de Croix nous y aidera.

Avec un de mes loubards super-baraqué, je me baignais dans une piscine. D’un seul coup j’aperçois, tatouée sur son dos musclé, une magnifique page d’Évangile. Autour d’une croix qui couvrait entièrement ses muscles d’Apollon, on pouvait lire distinctement: « il a souffert avant moi. »

Je ne lui en ai jamais parlé. Mais d’un seul coup, sachant son parcours terrible de combattant où je l’avais suivi de prison en pri­son, je comprenais qu’il avait appris, à travers une enfance et une adolescence terrifiantes, que sa souffrance n’avait jamais été inutile. Parce qu’il l’avait portée avec Celui qui lui avait dit, sans doute dans le secret de son coeur et d’une cellule, qu’il était l’Amour et qu’il était toujours là quand il souffrait, déses­pérait et n’en pouvait plus. Là. en priorité absolue.

Le Chemin de Croix n’a pas d’autre but que de suivre le Christ dans Son calvaire. Et d’aller au-delà de cette souffrance insupportable.

Allons au-delà ensemble.

Et tu verras au bout la lumière qui te trans­figurera...

 

 

1 – JESUS EST CONDAMNE A MORT


Ce Mec avait tout donné, tout offert.

Il avait parlé d’Amour, vécu l’Amour, guéri des malades et des coeurs innombrables. Les petits, les pauvres, les chômeurs, les SDF, les étrangers, les sans-papiers, c’était Sa priorité. Et on L’accuse de toutes les saloperies.

Il était tout simplement en priorité du côté des perdants.

Et ça, les curés de son temps, les juges, les flics le trouvaient intolérable. Pas besoin d’ajouter que ceux et celles qui avaient l’argent et la puissance trouvaient absolument aberrant que le Christ clame: « Bienheureux les pauvres, les exclus, les oubliés, les rejetés de la terre parce qu’ils seront les premiers dans le Royaume de Dieu. »

Alors, direction la boucherie. On va te faire passer renvie de penser que le plus petit de tous les humains est le plus grand aux yeux de Ton Père..

 

Prions pour les victimes d’abord. Ceux et celles qui ont été agressés, violés, volés, traumatisés à vie. Ils sont les préférés de Dieu.

Prions pour tous ceux et celles condamnés à mort dans le monde. Et qui attendent des jours, des mois, des années dans des cellules, la piqûre qui mettra fin au supplice qui, selon nous, leur fera expier leur forfait.

Ils ont commis souvent des crimes horribles, 0K! Mais attendre ainsi leur supplice est inhu­main. Je suis absolument contre la peine mort sur terre. Le pire des criminels, quoi qu’il ait fait est fils ou fille aimé(e) de Dieu.

Prions pour ceux et celles qui savent, à travers la maladie terrible qui les a frappés que l’échéance est programmée dans le temps.

Prions spécialement pour les jeunes atteints du sida. Rien de plus terrible que cette mort inéluctable quand on a vingt ans et qu’on apprend après avoir fait l’amour, que ce moment mer­veilleux signe irrévocablement la fin d’une vie.

 

2.   JÉSUS EST CHARGÉ DE SA CROIX

 

Imaginez cette croix lourde qu’il porte. IL avait été battu auparavant Son sang avait coulé longtemps. Des épines d’Orient parti­culièrement longues avaient été enfoncées sur Sa tête. Épuisé, il doit porter lui-même ins­trument de Son supplice.

Il portait nos maladies (cancers, handi­caps multiples, souffrances). Il s’était chargé de nos douleurs (de coeur, d’égoïsme, de racisme, de haine, de refus de pardonner...) (Isaïe 53. 4).

il a tout porté. Toi, moi. A chaque souf­france que tu vis, Il est là, en toi, sans pro­blème. Si on ne le sait, on la porte avec Lui. Et c’est merveilleux. Si on ne le sait pas, on se révolte. Et c’est dingue.

 

Prions pour dire au Christ: « Aide-moi, je Tien supplie. » Et n’oublions jamais. Il nous donnera toujours la force. Il suffit de L’appeler:

« Viens, je T’en supplie..

 Et puis cette phrase qui m’a donné toujours une force pas possible: « Déchargez-vous sur Lui de tous vos soucis. Il prendra soin de vous » (1 Pierre 5, 5).

Quand on sait que le Seigneur nous donnera toujours la force, quoi qu’il arrive, dans quel­que tentation que ce soit, dans toute souffrance qui nous arrive, on peut vivre apaisé, serein, avec la ioie de savoir que notre croix, il la porte toujours avec nous.

 

  3.     JÉSUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS

 

Normal, il est épuisé. Mais tout le monde s’en fout. Qu’il aille au supplice debout ou à genoux, qu’on en finisse.

Il est écrasé par nos saloperies, tout simple­ment, Il faut le savoir. Sur terre, notre voca­tion c’est l’Amour. Tout ce qui va contre l’Amour nous fait nous écrouler.

 

Prions pour nous d’abord qui tombons si facilement Quand je vois, la nuit, ma journée écoulée, je me dis souvent: « Pauvre de moi, je suis encore retombé dans les mêmes conneries. »

Chute après chute, à condition que tu les mettes face au Seigneur, tu verras, elles dimi­nueront Parfois même, le défaut que tu bûches avec ténacité devient ta qualité dominante. Et puis, Il te connaît tellement mieux que toi-même. Déverse-Lui tout soir après soir. Tu ver­ras le punch que tu auras après.

 

4 – JESUS RENCONTRE SA MERE

 

Imagine Sa Mère. Elle L’a porté, fait, cajolé, bercé. Elle L’a vu dire ses premiers mots, jouer avec Ses copains, Se blottir contre elle. Elle a vu l’enfant merveilleux grandir et ado­lescent s’épanouir Émerveillée. Elle a suivi l’adulte dans son chemin triomphal et mysté­rieux. Et son Petit est là, éclaboussé de sueur et de sang.

 

Prions pour toutes les mères Crucifiées, pen­chées sur les lits de leurs gosses accidentés, malades, handicapés.

Prions pour les mères épouvantées par toutes les drogues qui rendent fantômes leurs gosses et terri fiant le calvaire de ceux et celles qu’elles ont panés et qui s’enfoncent dans la nuit sans fond des rêves inaccessibles et qui tuent..

Pile pour ta mère que ut ne regardes plus, ne vois plus. Et demande au Seigneur de retrouver en toi celle merveille qui sauvera tout: ton affection, quoi qu’il arrive, vis-à-vis de ceux qui t’ont fait

 

5. SIMON DE CYRÈNE PORTE LA CROIX DERRIÈRE JESUS

 

Un mec revenait des champs. Les flics l’appellent. « Ce Jésus n’en peut plus. Aide-Le. » il s’exécute. A travers Simon de Cyrène, pense à tous ceux et celles qui t’ont porté, aidé, soutenu. Toute ta vie est jalonnée de Simon de Cyrène.

 

Personne ne peut dire: « Jamais quelqu’un dans ma vie ne m’a aidé à porter mes pro­blèmes.  Aie toujours au fond du coeur une reconnaissance immense pour celui ou celle qui t’a donné ce coup de pouce qui fa sorti du fossé et permis de croire que, sans les autres, on est foutu.

 

« Portez les fardeaux les uns des autres et vous accomplirez la loi du Christ.’ »(Galates 6, 2).

Prions pour ne jamais oublier que le mot « reconnaissance» est un des plus beaux noms de l’amour.

Sache dire merci.  Une vie qui est pleine de « merci » est une vie rayonnante.

Prions pour ne jamais pensa que, seul, on se démerde sans problèmes. Porte les autres. Ils te porteront.

Si tu crois que seul tu te suffis, tu découvri­ras vite ton isolement et les rancoeurs qui t’habitent. La solitude terrible où l’on s’enferme alors nous détruit.

 

6.   VÉRONIQUE ESSUIE LA FACE DE JÉSUS

 

Les femmes savent les gestes d’amour mieux que quiconque. Le visage ravagé du Christ ra vrillée jusqu’au fond du coeur, Véro. Alors avec la tendresse infinie qu’une femme sait donner, elle essuie le sang et la sueur de Jésus.

 

Prions que nous intervenions toujours les gestes d’amour qui sauvent. Toi qui parfois as peur de faire tel geste, fonce et fais-le. On en a ras le bol d’entendre des paroles. Certains gestes suffisent infiniment plus que des mots.

L’autre jour, lors d’un terrible accident, un mec avec moi ne sachant que faire, je lui ai dit:

«Serre la main du mec au volant.» L’acci­denté, les jambes broyées, a serré la paluche de mon gars au point qu’il lui a été difficile de mi­rer sa main lorsque les sauveteurs sont arrivés. Le geste témoigne tellement plus que les paroles.

 

 

7.         JÉSUS TOMBE UNE DEUXIÈME FOIS

 

Le calvaire est loin. L’épuisement du Christ grandit.

Notre existence terrestre est courte et longue à la fois.

Les chutes émaillent nos vies. Les épreuves tombent dru.

il est déjà tombé deux fois. il nous relèvera mille et une fois.

 

Prions pour ne jamais dire à son conjoint ou à son môme: « Tu ne changeras jamais.» On peut tuer ainsi l’être aimé.

Pense toujours qu’après la chute on peut tou­jours se relever.

Et puis regarde-toi Si t’es clair avec toi, tu sais bien qu’il est facile d’enfoncer l’autre qui tombe, alors que tu retombes toi-même souvent dans les mêmes ornières.

Si tu te trouves toujours de bonnes excuses pour te pardonner essaie de les trouver pour les autres. Tu bâtiras alors un paradis autour de toi.

Les êtres de lumière dont nous manquons tragiquement, ce sont d’abord des êtres de misé­ricorde.

 

 

  8. JESUS RENCONTRE LES FEMMES DE JÉRUSALEM

 

 

Elles sont toujours là. Les mecs se sont tous barrés. Pierre en tête. Jean seul est resté.

Oui reste lorsque tout va mal pour toi? Pas grand monde.

Et toi, que fais-tu vis-à-vis de celui ou celle qui est en pleine déprime? Vas-tu toujours vers le dernier de la classe ou vers le plus bril­lant, la plus attirante?

JéSUS devait être émerveillé, dans le cauche­mar dingue qu’il vivait, de voir ces yeux d’amour qui L’accompagnaient jusqu’au bout.

Qui est la priorité de ta vie?

Ton regard fraternel va d’abord vers qui?

 

Prions pour demander au Seigneur une prio­rité quotidienne pour celui ou celle qui est dif­férent, malade, seul, dépressif violent.

Quand on sait que le regard du Christ va en priorité absolue au plus petit, au plus démuni. On ne peut que lui demander ses yeux d’Amour.

Demande-Lui chaque matin.

Il te donnera Son regard.

 

9. JESUS RENCONTRE LES FEMMES DE JERUSALEM

 

Y en a marre qu’il retombe encore, le Christ!

Et pourtant, il nous fait un sacré signe. il est humain comme moi, comme toi. il n’en peut plus comme moi, comme toi.

Alors mets-toi à genoux, comme Lui. Et tu comprendras qu’il est, jusqu’à la fin des temps, du côté des souffrants.

 

Prions pour que le Christ nous apprenne à pardonner « 77 fois 7 fois » comme Il nous le dît dans l’Évangile. C’est-à-dire à l’infini.

Nos vies sont faites de pardons à donner et à recevoir. Quand on a compris ça, on a tout compris.

Ce verdict terrible de l’Évangile est à méditer sans cesse: « Tu seras pardonné un jour à la mesure de ton pardon donné sur terre.» Implacable.

Sois un être de pardon. Pardonne inlassable­ment. Pas connement. Mais en laissant à l’autre un espace d’expiation.

Et toi-même, vide tes poubelles intérieures souvent devant un prêtre, pécheur comme toi mais qui a reçu la formidable possibilité, au nom du Christ, de te pardonner tes péchés.

C’est le sacrement vertigineux de la réconci­liation. Vas-y joyeusement Dis tout ce qui est moche. Et tri sortiras neuf comme un poussin. Poussin que la main de Dieu, attendrie par ta faiblesse, portera aux plus hauts sommets.

Dieu a besoin de premiers de cordée.

 

10. JESUS EST DEPOUILLE DE SES VETEMENTS

 

A poil. Tout nu. Pour tout être, ce dénue­ment est terrible. Tous les prisonniers que je connais ont toujours été blessés intérieure­ment quand, au commissariat comme en entrant en prison, ils doivent se dépouiller de tout

Je l’ai vécu un jour, dans une prison de Belgique où j’allais visiter des prisonniers. Un surveillant m’a fait enlever tous mes vête­ments puisque son zinzin électronique réson­nait chaque fois que je repassais sous le porche de contrôle. J’étais furieux, d’abord. Et puis j’ai pensé à tous ceux et celles qui, dans les camps nazis, n’avaient plus d’identité puis­que c’est nus qu’on les amenait à l’abattoir.

J’ai pensé aussi au vieil homme qui empuantit ma carcasse humaine.

Cet homme nouveau que nous avons à revê­tir sans cesse nous pousse à un combat quotidien.

 

Prions, comme saint Paul pour demander seule-ment que Dieu nous recouvre du manteau de l’Amour.

Jamais aucun être humain ne pourra t’enle­ver ce manteau-là.

 

11 . JÉSUS EST CLOUE SUR LA CROIX

 

Tant d’êtres sont cloués sur des lits d’hôpitaux. Je pense particulièrement à tous les jeunes sortant de bottes les samedis soir et enroulés autour d’un platane, suite à l’abus d’alcool ou de drogue. C’est la plus grande cause de mortalité des jeunes de chez nous.

Je pense aux handicapés, aux malades grabataires, aux anciens dont la carcasse peu à peu ne répond plus.

Je pense aux blessés de l’amour, divorcés, séparés.

Les plus terribles clous sont ceux qui percent notre coeur.

Dire un jour à un être: « Je t’aime ». et puis le voir partir avec un(e) autre est la blessure suprême qui nous vrille sans cesse. Partir soi-même après le « Je t’aime » qu’on a si souvent dit, c’est le clou qu’on enfonce, à vie, en l’autre.

 

Prions pour tous les divorcés, séparés. déchirés par cette blessure du coeur qui ne se cicatrise lamais.

Que notre tendresse aille vers eux. Ne les jugeons jamais. Sinon, c’est d’autres clous que l’on enfonce.

 

12.     JÉSUS  MEURT SUR LA CROIX

 

Il est mort comme nous mourrons. L’heure viendra. Ce deuxième berceau qui est la mort doit être attendu avec sérénité, médité avec passion, tout au long de notre vie.

Pour cela, il faut vivre passionnément aujourd’hui. J’ai vingt-quatre heures pour ça. Si on pratique cette volonté de ne vivre pleinement que ses 24 heures en se foutant

totalement d’hier et se fichant éperdument de demain, on peut attendre avec un maximum de paix l’ultime rendez-vous dont le Seigneur sait, seul, la date et l’heure.

Ce rendez-vous m’a toujours fasciné. Oh! que oui, je bouffe un max le temps qui m’est donné.

Ça ne peut que me mettre en état d’urgence pour aimer pleinement aujourd’hui, comme si tout dépendait de moi. En sachant que, seuls, ma prière et l’Amour offerts dynamiseront toute minute, toute seconde.

« Seul l’Amour nous rend invincible », a dit un jour Jean-Paul 2. Cet Amour radieux vers lequel je vais et que j’anticipe maintenant me permet de vivre ici-bas dans une joie que nul ne m’ôtera.

Cette dynamique peut illuminer ceux et celles que l’on côtoie et qui cherchent dans la nuit le sens de leur existence.

 

Prions pour demander chaque jour la grâce de bien vivre nos vingt-quatre heures. C’est le sens de la phrase superbe du  Notre Père »:

« Donne-nous aujourd’hui le pain du jour »

 

13. JESUS EST DÉTACHÉ DE LA CROIX ET REMIS À SA MÈRE

 

Tout est fini.

Marie reçoit les restes écartelés de son Fils.

Au dernier instant, Il la confie à Jean:

« Voici ta Mère. »

 

Et à Marie il a ajouté: «Voici ton fils.»

On est lié à Marie dans cet ultime instant.

 

Prions Marie. Elle a une puissance inégalable auprès de Dieu. Elle saura, si on la prie inlas­sablement, faire vaciller le coeur de son Fils.

N’aie pas peur d’égrener chaque jour ton chapelet. Méditée, cette prière a une force pas pos­sible. Ne t’en prive pas. C’est une nourriture d’une force incalculable.

De plus, aller de temps à autre sur les lieux où Marie nous a fait signe est, pour un chrétien source de grâces inépuisables.

 

 

14.   JÉSUS EST MIS AU TOMBEAU ET RESSUSCITE LE TROISIÈME JOUR

 

Voilà le Signe qui nous sauve et donne à chaque chrétien la joie parfaite sur terre.

La Résurrection est pour nous le Signe absolu que la Croix est le passage obligé pour aller vers la lumière.

Bûche ta foi. Bûche tes certitudes. Ne mélange pas tout. Combien de jeunes, dans un ésotérisme navrant, mélangent réincarna­tion et Résurrection. Tout est dans le Credo. Médite-le. C’est l’ écrin qui renferme le mys­tère de Dieu et de Son Eglise.

Tu es unique. Dieu t’a créé pour l’éternité. Enfermé sur terre dans ta carcasse humaine, tu dois t’en servir pour bâtir un monde d’amour.

C’est ta seule issue.

 

Nous sommes tous et toutes appelés, sur la terre, à témoigner de l’Amour de Dieu.

C’est dans l’Eucharistie que tu puiseras à l’infini la force du Christ offert par Amour par Son Père.

Prêtre, je ne connais pas de plus grands moments que de faire descendre le Christ dans mes mains nues.

Et de te Le donner.

Le Christ en toi, tu n’as pas une minute à perdre. Ta vie ne peut être alors que don. Ta vie d’abord.

« Le muscle que l’Église fait travailler en priorité est la langue. Ce devrait être le dernier muscle à utiliser », a dit bellement et cruellement le cardinal Daneels.

Si tu décides, le temps de la terre, de vivre le Christ en toi, tu seras l’homme ou la femme de la Passion et de la Résurrection.

Et si tu veux avoir une gueule de ressuscité, alors médite cette phrase. Je n’en ai jamais trouvé de plus belle et de plus militante :

 

Vis de telle façon qu’à ta seule façon de vivre

on pense que c’est impossible que Dieu n ‘existe pas

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VISAGES DE PAQUES -1997- (extrait de  "L'ESPERANCE AUX MAINS NUES")

C’est sur les crêtes de Haute-Provence que je fête toujours Pâques. Le printemps jaillit sur les cimes sublimes dominant les gorges du Verdon. La petite chapelle provençale, après une longue hibernation, embaume la fleur d’églantier.

Les moutons de Prosper paissent l’herbe tendre autour des amandiers en fleur. Les mecs de la ferme, tous fidèles à ce rendez-vous pascal, s’ac­crochent aux cloches du village et à celle, fêlée, de la chapelle. La sono envoie les cloches de Rome.

Les anciennes, à petits pas pressés, descendent vers la chapelle, en babillant. J’attends la dernière, toujours fidèlement en retard, pour chanter la résurrection.

Des visages apparaissent alors. Celui de Christian d’abord, mon neveu bien-aimé, mort tragiquement, noyé dans le Verdon, à quinze ans. Son visage resplendissant de beauté, veillé par tous les villageois pendant trois jours, me hante alors.

Il est là-haut. Il veille au grain.

Sa mort a été un ciment extraordinaire de résurrection dans notre folle entreprise de bâtis­seurs sur ce coin de terre provençale.

Son corps repose, collé contre la chapelle. Les mecs depuis cinq ans fleurissent, décorent et visitent assidûment sa tombe.

 

Et puis le visage de Jacky. fauché sur la route, un soir où il rentrait du boulot.

Après deux ans de vie à la permanence, le temps de liquider un terrifiant passé où il revoyait sa belle-mère le jetant presque nu dehors et par tous les temps, il avait aimé passionnément Cathy et leur lardon, Franck.

Ce bonheur enfin arrivé, il a fallu un camion fou pour le stopper quelques secondes.

 

Le visage de Guy revient, aussi, lui qui était venu me dire qu’il voulait que je baptise son gosse.

Dix minutes plus tard, sept balles dans le ventre laissaient une femme et son gosse exsangues.

Règlement de comptes. Des tueurs n’avaient pas voulu que le bonheur, enfin acquis après tant d’années de prison, puisse continuer.

 

Le sourire de Francisco, poète et voleur en diable, qui passait autant de temps en prison que parmi nous, s’est figé à Pantin, une nuit... une balle tirée par un policier...

 

Les visages de Jean-Claude, Bob, Valérie défilent aussi.

Jean-Claude, juste sorti de taule, a été trouvé mort dans le canal de l’Ourcq. Trop d’incarcérations l’avaient meurtri. La prison le hantait. Sans doute a-t-il décidé d’être enfin libre.

Bob, qui a sauté du 15ème étage d’un interminable immeuble perdu dans un immense ensemble, avait aussi pensé que les chemins de la vie étaient trop durs à sillonner. Il donnait pourtant l’impression de la joie de vivre.

Il y a parfois chez certains adolescents des fissures profondes que l’oeil humain ne peut déceler.

Valérie, qui découvrait brutalement, à quinze ans, que des tas de jeunes autour d’elle n’en pouvaient plus de ne pas être aimés, ne l’a pas supporté.

 

Ces visages et tant d’autres s’illuminent chaque matin de Pâques. Mystérieusement. Ils m’apportent toujours la même certitude. Ils témoignent là-haut de l’amour. Ils veillent sur nous. Ils consolident notre tâche avec le plus pur des ciments.

Après avoir longuement surnagé dans une tempête de détresse, de solitude et de haine, ils ont enfin trouvé l’océan sans fin et sans ride de l’amour.

La spiritualité d’un chrétien a besoin de lieux précis pour se réchauffer et se fortifier. C’est dans cette merveilleuse chapelle que la chaleur de Pâques m’a toujours enveloppé. Je veux la garder le plus longtemps possible, sachant que c’est sur les crêtes toujours que le soleil nous réchauffe de ses derniers rayons.

C’est donc là que les visages de ces gosses resplendissent dans l’amour que je fais descendre humblement dans mes mains, chaque matin de Pâques.

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  "JOIE ET PAIX : PAQUES" 1991- (extrait de  "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES")

   

Depuis une heure je participais comme invité à une radio libre en banlieue parisienne. J’aime ce type d’échange, surtout quand les personnes interpellées appellent. En ligne, Rachid, un ancien que j’avais perdu de vue depuis trois ans.

La voix est calme. Je ne la reconnais pas au début, tellement elle a changé.

Je me rappelais douloureusement notre dernière entrevue puisqu’il l’évoquait au télé­phone : «  Tu te souviens, Guy, la dernière fais que je t’ai vu, j’étais saoul, comme d’habitude. Mais cette fois-là, j’étais très violent. J’avais perdu la tête. Tu as refusé de me recevoir à la permanence car j’avais agressé quelqu’un pour son fric dans la rue et ru étais furieux, car tu m’hébergeais et m’aidais à ce moment-là. Je t’ai provoqué. Tu avais la tête dans les mains et tu n’as rien dit sauf ces mots « Pars, Rachid. Avec l’équipe, on a tout fait pour te mettre sur les rails. Mais ce putain d’alcool brise tout et t’empêche de vivre. Règle ce problème avec toi-même. Tu as assez de force en toi pour y arriver ». — Je me haïssais à tel point que l’en voulais au monde enfler. J’étais venu t’agres­ser, toi que le respecte tant. J’en pouvais plus. Et tu es entré dans la permanence après un moment de silence. Furieux, je suis reparti, mais en emportant tes derniers mots et surtout ton silence. »

J’ai vérifié dans mon métier que parfois le mot juste c’est précisément le silence. Rachid s’est fait mettre un emplas quelques jours plus tard. Plus jamais, depuis, il n’avait bu une seule goutte d’alcool. il avait un amour, un gosse. Enfin le bonheur arrivait. C’est ce qu’il commentait à la radio en parlant de son combat, de son chemin solitaire, de la com­pagne qu’il aimait et du fruit de leur amour. J’écoutais, émerveillé, cette résurrection. Je lui ai promis comme il me le demandait de baptiser son gosse.

La résurrection permet tous les espoirs.

J’attends impatiemment ses lettres. Elles sont parmi les plus belles.

Un hold-up manqué avec ses complices a ouvert pour longtemps à Georges les portes d’une prison.

Après une vie de déroute totale et un passage de huit mois avec nous, il avait repris son chemin d’errance et rechuté. Mais la prison qui aurait dû le rendre haineux, aigri, l’a transformé. La Bible, lue un jour par hasard, a été pour lui un formidable déclic.  Ma première Bible a été celle branchée sur nos huit mois de partage, de confiance et de coude à coude fraternel. Pourtant pas un mot durant ce temps sur Jésus-Christ. «  Je ne l’aurais pas toléré », m’a-t-il écrit depuis. Un Dieu d’amour à ce moment-là était inconcevable, intolérable. J’avais vraiment été trop massacré durant mes trente années de vie. Quand j’étais petit, pas d’affection, mais des coups. Adolescent, je travaillais dans des fermes. Enfant perdu, je n’étais rien. Seulement exploité. Adulte, seules les combines louches m’intéressaient. Et puis, ces huit mois où j’ai appris que la confiance, le partage, le respect ça existait. J’ai lu la Bible en fonction de ce vécu. J’ai tiré un trait définitif sur mon passé. Ce qui m’arrive est trop beau. Je sais que je ne rattraperai rien, mais que la vie a un sens. Seul l’amour fait vivre. »

Aimer, c’est ressusciter.

Les moteurs en grondant nous arrachaient à la terre. Coïncidence. A cette minute même, on enterrait Michèle. J’aurais tant voulu être là . Mais des jeunes Suisses m’avaient invité depuis longtemps pour ce week-end. Je m’envolais pour les rejoindre. Alors je priais et je me souvenais. Au fond, c’était le bon moment et l’endroit idéal puisqu’on fonçait vers le ciel.

Ancienne prostituée, Michèle avait combattu pour arracher au trottoir ses soeurs des rues de Paris et de partout.

Un jour qu’on échangeait ensemble, avec un groupe, elle nous a appelés à la prière. C’est ce moment-là qui m’avait marqué. Le visage était radieux. Visage de pauvreté a de souffrance mêlées, mais illuminé de la lumière de Dieu qui l’avait saisie. Elle priait et je la regardais. Cet instant m’avait laissé une profonde impression de paix a de sérénité.

Cbaque être porte en lui-même une part de résurrection.

Chaque être peut nous enrichir, à condi­tion de plonger en lui dans ce qu’il a de beau, de meilleur, de lumineux, de divin. Malheu­reusement nous regardons, épluchons d’abord les ténèbres de l’autre. Et nous en restons

là.

Nous ne prenons pas assez de temps de silence pour admirer l’oeuvre de résurrection dans les êtres. Nous ne prenons pas assez de distance pour apporter le meilleur de nous et recevoir le meilleur de l’autre.

Les compagnons d’Emmaüs qui parlaient de Jésus l’abordent sur le chemin sans le recon­naître.

C’est un des moments les plus forts pour comprendre la présence du Christ parmi nous. Il est là, dans chaque être, enfoui, prêt à se faire reconnaître, et nous passons sans le voir. Nous manquons la rencontre souvent, pris par noue égoïsme, nos refus, nos barrières, nos intolérances, nos rejets. Nous avons besoin de demander dans notre prière le regard du Christ. il plongeait dans les êtres avec une telle intensité, une telle fraîcheur, une telle nouveauté que personne n’oublie jamais plus ce regard. Et en vivait.

Le Christ ressuscité a besoin de notre regard de tendresse et de miséricorde pour aborder chaque être.

Dans la foule de ceux et celles que je rencontre, j’ai découvert parfois cette lumière qui ne peut venir que de Dieu.

Plonger dans ce que chaque personne a de meilleur, c’est recevoir une parcelle de la lumière du Ressuscité.

 

La résurrection permet tous les espoirs. Seul l’Amour a le parfum de la résurrection. A condition que cet amour soit visible, vivant et que toute rencontre de qui que ce soit nous donne l’occasion de recevoir Dieu et de le dire.

La paix et la joie baignaient les apôtres, quand ils ont enfin cru que Jésus était ressus­cité. Leur force est partie de là.

Ces essentiels de Pâques n’ont pas besoin de mots ni de vacarme pour se dire. Entrons dans cette fête prestigieuse dans le plus grand calme, en faisant silence, en priant.

Que les flammes de la veillée pascale dansent de joie dans nos coeurs. Que ce mystère du Christ ressuscité illumine tout en nous. Alors tous nos manques et toute souffrance seront portés allègrement. Et nous aurons ce fameux « visage de ressuscité » que Gandhi cherchait désespérément sur la face des chrétiens. C’est ce visage-là qui dira plus que tout que le Christ est vivant.

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"CAREME: PAS SEUL ET PAS POUR SOI" -1991- (extrait de  "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES")

  « J’ai fait mon carême » est une expression indigne d’un chrétien. Le carême ne se fait pas seul et ne se fait pas d’abord pour soi. Le jeûne du carême est un stimulant pour mieux vivre ce temps voué à la pénitence et à la prière.

Pour mieux approcher la lumière pascale, l’Église demande aux chrétiens de vivre une forte ascèse durant cinq semaines. C’est donc huit cents millions de chrétiens qui entrent en carême.

Ce temps de pénitence a été singulièrement allégé au cours de l’histoire de l’Eglise.

Il n’empêche, la France, qui figure parmi les six nations les plus riches du monde, a peine à se priver, il est bien connu que plus on est pauvre plus on partage et plus on est fiche moins on est solidaire des autres.

Il nous faut faire de ces quarante jours un temps fort.

En famille d’abord: la Trinité d’amour qu’est la famille — la femme, l’homme et l’enfant — peut porter des fruits étonnants si elle veut vivre un vrai carême. Mille petits sacrifices peuvent être vécus : un repas sans dessert, un film à la télé remplacé par une discussion amicale, une visite à l’ancienne de l’immeuble, qu’on sait seule, et à qui, juste­ment, on apporte le gâteau, fruit de la priva­tion.

Une famille qui aime et qui s’aime aura l’imagination du cœur,  c’est-à-dire illimitée.

Avec nos équipes chrétiennes: paroisses, mouvements appelant à se dépasser. J’ai vu parfois des gestes collectifs surprenants, gestes de partage profond, vrai, où les chrétiens ont été appelés à donner beaucoup d’eux-mêmes:

un tracteur offert à un village d’Afrique, un puits foré qui donnera la vie à une terre lointaine et désertique.

Des familles nécessiteuses aidées, logées et portées par toute une communauté. Des pri­sonniers visités, assistés par des mandats ou fêtés par un groupe venant animer une soirée.

Le jeûne a trois buts précis.

Ascèse personnelle: peu manger, pas ou moins fumer, se priver d’alcool, cela repose glandes salivaires, intestinales, et débarrasse le corps de nombreuses scories qui l’embarras­sent et lui nuisent. Le ramadan complet que j’ai vécu avec les musulmans, quand j’étais en Algérie, m’a définitivement débarrassé d’amibes intestinaux qui me gênaient depuis deux ans.

Ascèse collective: pour sentir la faim des affamés de la terre. Avoir faim, avec son réfrigérateur plein, est excellent pour prendre conscience qu’on a la chance de manger tous les jours, alors qu’à des milliers de kilomètres, si ce n’est à quelques centaines de mètres de chez soi, des hommes et des femmes ont faim.

Rencontre avec Dieu: il est connu enfin qu’en état de jeûne volontaire l’esprit, débar­rassé de la matière, gagne du terrain. C’est celui notamment de la prière. L’union à Dieu se fait plus facilement. Surtout lorsqu’on sait que des millions de chrétiens, au même moment, portent leur regard vers Dieu et communient plus intensément en Eglise au mystère d’amour de Dieu.

On peut aussi travailler, durant ce temps, un aspect de sa personnalité qu’on sait nuisible à soi ou aux autres. Chaque jour, durant quarante jours, apprendre à se maîtriser ou à écouter, à s ‘intéresser à une personne que d’habitude nous refusons de voir, c’est aussi vivre un carême que Dieu aimera.

Le meilleur de ce temps ne sera pas nos privations extérieures visibles, affichées, mais ce que nous vivrons de dur dans le silence, avec le Seigneur amoureusement témoin. L’Evangile est formel là-dessus Quand ni jeûnes, ne le montre à personne, parfume-toi la tête et porte la joie sur le visage.

Le carême peut avoir aussi parfois d’éton­nants prolongements. J’avais connu Didier au cours d’une conférence. Ses amis du lycée lui avaient annoncé ma venue. Il avait refusé de venir. Sa copine, que je connaissais, m’avait averti. Au culot, j’appelle Didier « Viens. Tu seras mon invité de ce soir. » Il est venu pour voir. L’Eglise lui répugnait littéralement, au point qu’il avait demandé un jour à sa mère « comment se faire débaptiser ? », trouvant intolérable d’avoir été baptisé sans son avis, alors qu’il n’avait que quinze jours. Une grande amitié est née depuis entre nous. Je ne l’ai pas converti. Mais j’aime beaucoup qu’il m’appelle de temps à autre  « Guy, on jeûne, si ni veux, lundi prochain. «  Nous vivons alors une journée entière de communion, rompue toujours à 19 heures par son coup de télé­phone :« C’était super chouette. Bon appétit, Guy! » il n’est de vrai que l’amitié et l’amour partagé.

Tout ce qui nous fait grandir dans ce sens, sous l’éblouissante lumière de Dieu, est bon. Le carême doit nous rapprocher, unir nos différences, transformer notre regard, apaiser nos conflits, nous ouvrir à l’universel. C’est un grand moment d’Eglise. Ne le manquons pas.  

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"FETE DE L'AMOUR : JEUDI SAINT" -1991- (extrait de  "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES")  

Gaël m’avait invité. Il avait fallu qu’il insiste. Je n’ai, en effet, aucun goût pour un récital de musique hard. Deux mille jeunes écoutaient les hurlements des chanteurs. Ils étaient trois à alterner leurs chants hurlés, faits de cris et de frémissements d’orgasme. Le tout inondé de lumières violentes et changeantes sur scène, et de fumée dans la salle. La foule des jeunes imitait leurs idoles aux longs cheveux qui gesticulaient dans tous les sens. Je me suis retenu plusieurs fois au strapontin pour ne pas partir. J’ai tenu à rester pour comprendre, et communier à la détresse de ces jeunes qui cherchaient là, de façon paradoxale, ce qui comble de temps à autre leur vide immense, leurs attentes inassouvies. Le bruit et l’alcool joints au tabac ne pouvaient qu’accentuer cette soif d’autre chose.

Et je pensais à l’Eucharistie...

« A la messe, je me fais chier », me lançait dernièrement un jeune chrétien, au milieu de centaines de ses copains et copines qui applau­dirent aussitôt cette remarque aussi brutale que triviale. J’étais plutôt gêné. Mais je pense que les prêtres présents entendirent comme moi. C’est pas une fête pour moi. C’est une corvée, loin de mon langage de jeune et de mes préoccupations. J’ai besoin qu’on m’entende. Le Christ m’attire. Mais le moment le plus important, où il est là, n’est pas, pour nous, fête, joie.

Aucun moment de la vie d’un chrétien n’est pourtant plus grand que ce moment-là. C’est l’heure de l’amour qui descend. C’est l’heure de la communion totale entre ceux et celles dont les yeux sont tournés vers l’autel. Tout part de là et doit s’y rassembler.

« Si ton Dieu est vraiment là présent, tu ne devrais plus jamais quitter l’autel », me disait magnifiquement un loubard, qui me deman­dait ce qu’il y avait dans l’hostie et le vin de la messe.

Je ne comprendrai jamais bien ce miracle quotidien qui passe par mes lèvres et mes mains Dieu qui vient quand je l’appelle puisque j’ai reçu ce pouvoir. Célébrer l’Eucharistie c’est, ensemble, avoir un avant-goût du royaume de Dieu qui vient.

On peut croire que c’est facile de célébrer l’Eucharistie. Erreur! Si on s’investit dedans, si on veut la faire bien partager à ceux et celles pour qui nous la célébrons, alors on vit une heure phare, intense, où chaque mot est vie, lumière, chaleur.

Un repas de fête est toujours nouveau, le maître de maison s’ingéniant à le rendre agréable pour tous. Pas facile, durant une Eucharistie, d’avoir une parole neuve. Et pourtant, cette parole que le prêtre a le premier devoir de dire va donner le ton, la force, l’union indispensable qui rassemblera.

Pas facile de faire entrer les autres dans une liturgie adaptée pour qu’ils en partent enrichis et heureux.

Et pourtant, je sais que faire descendre l’amour dans mes mains nues, c’est ce que je peux faire de plus beau et de plus grand depuis vingt-trois ans.

 

Je me souviens de mes premières messes au Sahara. En camp de vacances, je me retirais de la borde de jeunes musulmans avec qui je campais pour célébrer, seul, assis sur le sable avec comme ornement un burnous et mon étole. A même le sable, sur un tissu immaculé, le calice et la patène. Quelques-uns parmi les jeunes s’approchaient à une dizaine de mètres et, silencieux, regardaient. Messe sur le monde, dans le décor fabuleux des dunes, à perte de vue.

Maintenant, je célèbre pour des chrétiens, souvent avec quelques loubards à proximité. Comme en Algérie, à quelques mètres, ils regardent en silence.

Face aux sollicitations de violence, d’égoïsme et de gesticulation qui envahissent le monde, la plus grande prière du chrétien, qui est l’Eucharistie, appelle à l’amour, à la paix, à la réconciliation, à la miséricorde.

Au bruit qui divise, sépare et empêche la réflexion et tout retour sur soi-même, cette prière appelle au silence, à la méditation, au rassemblement.

 

Célébrer le Jeudi saint avec mon évêque et la foule des prêtres disséminés dans l’im­mense nef de Notre-Dame est un temps très fort.

Fête de l’amour, le Jeudi saint visualise l’union de tous et de toutes autour du Christ, cri rappelant qu’il y a deux mille ans le Seigneur, entouré de ses douze apôtres, a voulu rester définitivement parmi nous dans le seul moment quotidien qui rassemble: le repas.

Certains loubards ont pris pour habitude de me souhaiter ma fête ce jour-là. Ce sont les plus beaux voeux que j’aie jamais reçus.

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"SOUFFRANCES ET ESPOIR : VENDREDI SAINT" -1991- (extrait de  "AVEC MON AUBE ET MES SANTIAGUES")  

Ses quatre copains venaient de mourir de façon atroce. Ils rentraient d’une soirée de fête. Un virage manqué dans ces gorges profondes, ça ne pardonne pas. La voiture a terminé sa course cent cinquante mètres plus bas.

A l’enterrement, il a entendu le prêtre parler du bonheur de l’au-delà où étaient entrés définitivement les quatre jeunes. Il n’était pas chrétien. Pour lui, le royaume de Dieu est un mirage impossible. Il a quitté alors la cérémonie, ulcéré et aigri. il allait souvent la nuit au cimetière, hanté par la mort, le vide, la souffrance inutile.

C’est peu après que je l’ai rencontré, il m’a bien sûr invité à son pèlerinage nocturne. il n’a pas détesté qu’après le signe mystérieux qu’il traçait sur la neige qui recouvrait les tombes, je fasse un signe de croix avec pour simple prière : « Que tout ce que tu as fait de bon sur terre rejaillisse sur tous ceux et celles que tu as aimés. »

 

C’est la mort de Christian, mon neveu bien-aimé, happé par un torrent, qui m’a appris à comprendre la souffrance. J’ai interrogé Dieu souvent depuis, pour lui crier l’injustice de cette mort brutale, tout en lui disant aussitôt:

« Que ta volonté soit faite »

Seul le chrétien face à la croix peut comprendre. « Enlève de moi ce calice », a dit le Christ, à bout de souffrance. Et puis, se reprenant :  « Père, que ta volonté soit faite. »

Plus que jamais, nous avons à méditer le mystère de la souffrance et de la mon. Dieu seul a la réponse. Dieu seul peut nous le transmettre.

Dans un monde qui s’acharne à stopper ou à apaiser la maladie et la souffrance, à faire durer la vie, le calvaire du Christ est de plus en plus incompréhensible, intolérable.

S’il est une question que les chrétiens et non-chrétiens nous posent, c’est celle-là en priorité: « Pourquoi Dieu fait-il souffrir? »

« Pourquoi la mort? »

Je réponds toujours d’abord : «  Ce qui est bizarre, quand tout va bien, quand ton travail marche, que ta famille est heureuse, c’est que tu ne remercies jamais Dieu. Dans le bonheur que tu vis, il semble ne pas exister. Du moins, ai ne penses pas que Dieu peut apporter le bonheur. C’est quand tout va mal que Dieu revient alors en force dans ta bouche et que tu t’acharnes à lui imputer les malheurs qui t’accablent.

La sérénité du chrétien dans les coups durs est un des plus grands signes de l’existence de Dieu.

J’ai assisté presque coup sur coup à deux enterrements. Deux enfants morts brutalement. Je reverrai toujours les larmes qui coulaient sur les deux visages sereins d’Abel et d’Andrée. Le cercueil de leur fils était entouré de jeunes qui chantaient leur foi. Educateurs tous les deux, chrétiens militants, ils avaient trop crié leur foi pour ne pas en sentir, ce jour-là, le boomerang dans la foule qui partageait et leur deuil et leur formidable espérance.

L’autre cérémonie fut effroyable. La mère, éperdue de douleur, s’évanouit. Le père ne marchait que soutenu.

Les paroles d’espérance tombaient, glaciales, sur le cercueil. Je pensais à la détresse de ceux et celles qui ne peuvent accepter l’irrémédiable. Il ne l’est plus à la seule lumière de Dieu.

 

Cette lumière, nous devons l’acquérir. Rares sont les vies qui ne côtoient pas la souffrance. Nous devons l’accepter. La souffrance purifie. Elle communie au mystère du calvaire.

Après une enfance et une adolescence que l’amour de Joseph et de Marie avait amenées à leur plénitude, Jésus entre dans la dernière phase de sa vie. Rien ne le laisse indifférent. Il est un formidable vivant que tout atteint : joie et souffrance. Il participe aux fêtes en n’omet­tant aucun détail, ne serait-ce que gastronomique quand sa mère lui glisse un clin d’ oeil devant les bonnes bouteilles de vin vidées trop vite et qu’il remplit promptement du meilleur cru.

Il ressuscite Lazare, son grand ami, pour manifester sa puissance. Il réchauffe les militants, qu’ils soient militaires ou escrocs patentés, tel Zachée l’inspecteur d’impôts.

Mais surtout, il fond devant toute souf­france. Boiteux, aveugles, courent et voient tout au long de la route.

Il restera seul à souffrir. Plus d’amis. Les Saint Pierre se barrent courageusement en criant bien haut: « Ce mec, connais pas. Jamais vu. »

Seules les femmes seront là, elles qui ont le génie de partager toute souffrance, sans mot dire, en sachant apporter le baume qui seul est efficace quand toute parole est inutile rester à côté.

Aucun être n’a tant souffert. Si on le croit, alors toute souffrance vécue dans le coeur de Dieu aura une signification, ne sera pas inutile et sera source de grâces pour tous ceux et celles qui nous approchent.

Si la prière des contemplatifs m’atteint le plus intensément au coeur des situations très difficiles que j’aborde quotidiennement, celle des malades m’apporte une richesse que je sens parfois physiquement.

Celui qui souffre est aimé de Dieu plus que quiconque. Quand on le sait et quand on le croit, la vie prend une dimension radieuse.

Tout espoir est permis. Dieu est là. Il veille au grain. Par mer calme, remercions-le. Dans la tempête, appelons-le. En sachant que nos souffrances offertes sont prières silencieuses. Elles ne peuvent qu’être exaucées quand on sait que Jésus, côté souffrance, est le plus grand expert de l’humanité.

.. et que, demain, il reviendra.

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