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ALORS, TU T'EN VAS, JEAN-MARIE (extrait de la rubrique "Le mot du mois" du mois de juin 2007 - Ecrit avant son décès) |
| (écrit juste après l'inhumation) |
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Image d'archive : à l'ordination du Cardinal Barbarin, à Lyon, le 14 septembre 2002 (photo © Jean-YvesLarbanet) |
Au cours d’une ultime et surprenante sortie, tu as dit aux académiciens que « tu allais retrouver le Cardinal de Richelieu ».
Même si la fréquentation d’une telle éminence, elle, politique, n’était pas
recommandable sur terre, elle doit l’être maintenant depuis qu’elle est baignée dans la miséricorde divine.Tu as un sacré courage d’avoir osé nous dire que tu allais nous quitter. Tu
gardes jusque sur ton lit de souffrance ton humour pudique.Tu te souviens sans doute du repas que j’ai partagé avec toi en 1971 alors
que tu étais curé de Sainte Chantal. J’étais coincé sans le savoir entre deux futurs archevêques de Paris : toi et André, ton vicaire d’alors, ton successeur d’aujourd’hui.L’Eglise de Paris t’a accueilli dans l’étonnement et la joie. Brillant curé
tu étais. Archevêque jaillissant d’idées, tu as marqué et changé ton diocèse.Tu ne paraissais pas « Evêque ». Certains de tes frères, eux, semblent « nés» épiscopes ! Pas toi. Ta simplicité est naturelle et tu es resté un humain
parmi les humains.Il suffisait de te voir prêcher, bible à la main pour savoir que la parole
de Dieu te hantait. Comme tout curé de campagne. T’étais parfois long. Je te le disais et tu souriais.T’es pas toujours facile à vivre, paraît-il. Ca, je ne l’ai jamais constaté.
Le jour où tu es venu manger avec nos jeunes loubards dans notre permanence,
tu as su communiquer avec eux simplement, bellement. Ils t’ont donné du «Monsieur » sans bien savoir ce que tu représentais pour moi. Il a fallu que je leur dise que tu étais mon patron pour qu’ils comprennent que je ne me donnais pas ma propre mission. Mais que tu veillais au grain même si je ne te voyais pas beaucoup.Un jour tu m’as dit simplement : « Avec ta mission impossible, ne va pas
jusqu’au feu rouge, avertis moi dès l’orange. » Je n’ai pas oublié ce sage conseil.Tu étais dans la lignée du cardinal Duval, mon premier évêque, et François
Marty, qui m’a joyeusement accueilli à Paris.Tu m’as appris l’Eglise et cimenté en elle.
Seulement ta trajectoire issue de nos « frères aînés » les juifs m’a permis
d’approfondir ce que ce peuple d’où tu es issu peut apporter de neuf à l’Eglise.D’un JMJ à l’autre où je t’ai retrouvé, infatigable pasteur des jeunes
d’aujourd’hui, tu m’as enraciné dans l’Eglise de Paris que j’aime tant.Tu as fait des petits. Beaucoup. Imposer les mains derrière toi et tes
frères à près de 400 jeunes prêtres en 37 ans de présence dans ton diocèse a été pour moi une grande joie. Là tu as fait fort.Tes paroles consécratoires lors des ordinations m’ont marqués profondément.
La façon dont tu les prononçais me vrillait le cœur. Chaque mot était dit
avec force, avec l’éternelle jeunesse de celui qui transmet l’Esprit saint pour qu’après toi nous puissions faire descendre l’amour dans nos mains nues.Pour cela, merci Jean-Marie.
GUY GILBERT - Juin 2007 - Avant, donc, le décès du Cardinal Lustiger le 5 août 2007
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Photos de l'interview sur Europe 1 vendredi 10 août en direct de 8h20 à 8h30 + photos des obsèques :
(photos ci-dessous © Jean-YvesLarbanet)
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| Avec
Patrick Jacquin, le patron de la Cathédrale...
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| Messe d'inhumation, le lendemain : | |
| Juste après une interview à Europe 1 | |
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A la sortie de la messe, séance de dédicace sur le Parvis, |
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Interview, à la fois de France Inter et de RTL ! |
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Ouf ! Enfin seul !... |
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"Il M'A PORTE, JE L'AI PORTE (écrit juste après l'inhumation) |
A la dernière veillée à la cathédrale Notre Dame de Paris, la foule venait de partir. Seuls une petite équipe de prêtres et les veilleurs de la Cathédrale entouraient le cercueil de Jean-Marie Lustiger.
Patrick Jacquin, le trépidant Recteur, nous a invités à porter le cercueil de notre archevêque hors la cathédrale avant l’enterrement du lendemain.
Je t’ai alors porté, Jean-Marie. Et je me souvenais de Tes traces si profondes en moi.
Celle de l’homme de prière, d’abord. Quand tu célébrais l’eucharistie, c’était un régal. Ce Christ qui t’a fasciné toute ta Vie, tu Le tenais dans tes mains comme une présence vivante ; ça se sentait. Quand un prêtre ne « fait » pas l’eucharistie mais la vit de l’intérieur, on oublie presque son prêche. Sa prédication, alors, a la puissance de l’Amour divin descendu dans ses mains.
Cette « présence » que tu as découverte à l’âge de 14 ans dans la cathédrale d’Orléans t’a tenu 66 ans et t’a fait vivre.
Et nous a fait vivre.
Ta trace humaine, je l’ai découverte dans ce foutoir ecclésial par rapport à la capote. Quelle bave l’Eglise a essuyé par rapport à ce morceau de latex !…
Tu prônais la fidélité, évidemment, rempart absolu contre le sida.
Mais tu as osé cette phrase simple et claire par rapport aux « antis » qui ne tenaient pas compte de notre côté pêcheur : « Si vous ne pouvez pas ou ne voulez pas vous abstenir, prenez les moyens qu’on vous donne pour ne pas donner la mort ou la recevoir »
Champion de la Vie, de toute Vie, cette trace-là, tu l’as maintenue sans aucune concession. Tu savais bien que le relativisme obsédant de notre temps tue tous azimuts. Dans le ventre de la femme comme le souffle du malade avec lequel on veut en finir.
« Frère supérieur » tu étais, a clamé l’académicien qui a prononcé ton éloge lors de ta messe de funérailles.
De là-haut, tu as dû sourire.
Ton arrière-petit-neveu, Jonas, adolescent juif nous a fait prier sur le parvis, en hébreu et en français comme tu le désirais.
A nous d’arroser la terre récoltée en Terre Sainte et posée sur ton cercueil pour faire fructifier l’unité qui a été la trace la plus forte de tes 25 ans d’épiscopat.
C’est notre tâche aujourd’hui.
Reste avec nous, Jean-Marie, maintenant que tu es habité, pour l’Eternité, par la « présence ».
Guy
GILBERT – Dans un bar en face de la cathédrale, en sortant de la cérémonie
– Ce vendredi 10 août 2007
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