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sa deuxième CHRONIQUE 2002
« LIONEL ET
JACQUES » paru dans « La Croix » du 7 février 2002 (
reproduit ici avec leur aimable autorisation)
"Ah! Cette main de Lionel posée amicalement sur l’épaule
de Jacques! Ce moment unique fait rêver. L’image obsédante de nos deux chefs
envahit nos yeux et nos oreilles de citoyens. Voir nos leaders de face, de trois
quarts, de loin, de près. Et de les entendre sans cesse. Ils ont rarement le
pouvoir d’être. Ils sont condamnés, semble-t-il, à paraître, et dans le
moindre détail. Leur vocation d’hommes voués à la chose publique
serait-elle liée à ce qu’on peut déchiffrer et juger d’eux, selon leur
seule apparence? Je pense souvent à leur lassitude, leurs angoisses, leurs
incertitudes. Au fond, leur pauvreté est immense et leur solitude aussi grande.
Hommes aux aguets, dévorés par leur devoir de représentation, comment
peuvent-ils vivre pleinement ce qu’ils sont au plus profond? Ils
doivent sans doute biffer maints désirs, maints gestes, maintes phrases.
Leurs
conseillers sont là pour tempérer, effacer, raturer le plus anodin des propos.
L’échéance de l’élection présidentielle ne fera qu’accentuer la
pression énorme qu’ils subissent au quotidien. On veut deux fauves face à
face. Telle est l’arène politique. Tous les coups sont permis. Du plus
vicieux au plus sordide. Les lieutenants se chargeront de ces coups-là. Eux,
impériaux, tenteront de nous convaincre que chacun est le meilleur. Nous allons
les entendre parler bilans, chiffres, chômage et insécurité, à l’infini.
Jusqu’à l’overdose. On comprendra un peu, beaucoup, pas du tout. « Tous
pourris » diront beaucoup d’entre nous.
Et
si l’un des deux chefs décidait de dire à l’autre:
« Là, t’as fait fort. J’approuve. Bravo! » L’autre, désarmé,
ne pourrait que faire preuve d’humilité en affirmant:
“Là,
tu es le meilleur. On peut rêver... Cette main affectueuse de Lionel sur l’épaule
de Jacques peut nous faire entrevoir que la politique n’est pas que batailles
sordides, coups bas à répétition. Notre bien à nous, c’est d’abord de
vivre en paix. Avec sa famille, ses voisins, sa communauté de travail, sa
commune, son pays.
Nos
chefs, malgré leurs différences, ne peuvent que vouloir ce bien-là. Sinon,
leurs déchirures étalées quotidiennement nous donneront la nausée. Pire,
nous déchireront consciemment ou inconsciemment. Rêvons que cette échéance
présidentielle nous donne la joie de confronter nos idées dans la « paix ».
Le seul mot qui peut nous rassembler en mettant dans l’urne un nom qui nous
unira tous."
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