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"KAMIKAZE DE L'ESPERANCE"

(Page réalisée avec l'aimable autorisation des Editions Stock)

 

Mise en ligne de la couverture avec l'aimable autorisation des Éditions Stock et de l'agence Photonews / Gamma (Photo Gys Lebrun)

 

Préface du livre

Table des matières

Extraits

Vu dans la presse (critique)

Préface du livre :

"Les kamikazes du 11 septembre 2001 restent dans nos mémoires.
L’horreur de leur geste nous pétrifie encore.
Il ne faut pas qu’ils gagnent. Le crime sans nom qu’ils ont commis doit nous mettre en marche.

En effet, il y a les kamikazes de l’amour humain : les héros et les saints innombrables chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes, athées ou agnostiques qui sont allés jusqu’à donner leur vie pour témoigner de leur amour inconditionnel de la vie, de toute vie.
Il y a les kamikazes de la solidarité refusant, par exemple, une mondialisation qui ne fait la part belle qu’aux nantis.
Il y a les kamikazes de l’écologie qui se battent, bec et ongles, pour défendre toute bestiole, de l’abeille à l’éléphant.
Il y a aussi les combattants croyants qui refusent qu’on s’envoie à la gueule nos livres saints, en cherchant tout ce qui nous unit et non ce qui nous sépare.
Il y a d’innombrables lutteurs pour défendre d’innombrables causes essentielles pour la survie de l’humanité.

Je veux être un kamikaze de l’Espérance. Quand un juge me confie un adolescent détruit, disloqué, refusé de tous les centres et qu’il me dit : “Je vous ai demandé, jusqu’à ce jour, l’impossible pour les jeunes que je vous ai confiés. Je vous demanderai, mon Père, cette fois-ci un peu plus”, je dis “oui” tout de suite.


Parce que je crois à l’Espérance kamikaze pour tout humain, le pire soit-il.
Parce que je crois que Dieu Amour me donnera cette force invincible, sans laquelle j’aurais depuis longtemps baissé les bras.

Il ne suffit pas de dénoncer par des paroles les carences d’un état ou des êtres humains. Il faut annoncer par des actes que l’Espérance peut toujours gagner.

C’est l’objet de ces lignes. Je les dédie à tous les kamikazes du monde. De tout poil. De toute race. De toute religion. De toute culture.
Puissent-ils se reconnaître dans ces mots issus d’un combat sans répit."


Table des matières :

Partie N° 1  :  CITOYENS, EN MARCHE !
Partie N° 2  :  PAIX À LA GUERRE
Partie N° 3  :  CORPS À CORPS
Partie N° 4  :  APPRIVOISER
Partie N° 5  :  LE VENT DE L'ESPRIT
Partie N° 6  :  À TOI
Partie N° 7  :  AUX FOUS !
Partie N° 8  :  CHUT !
Partie N° 9  :  AU BORD DU PASSAGE
Partie N° 10 :  MA RELÈVE JOYEUSE

 

Préface 5

PREMIÈRE PARTIE

CITOYENS, EN MARCHE !

Jacques et Lionel 9

Le temps des échanges 12

Comme des enfants 15

Nicolas, toi, le “ coucou de la gauche ” 18

Nicolas Sarkozy et les pétards 21

DEUXIÈME PARTIE

PAIX À LA GUERRE

Un Opinel et des tanks 27

J'avais dix ans 30

J'avais vingt-deux ans 32

Deux dangers mortels 34

Ne pas regarder la guerre et la violence, mais les lire 36

“ Non ”, nouvelle puissance mondiale 38

La “ crèche ” de Saddam 41

Combattants de tout poil, le temps presse ! 43

11 septembre : que nos larmes ne soient pas celles de crocodiles 45

TROISIÈME PARTIE

CORPS À CORPS

“ Faucon ” est aussi un champ de bataille ! 51

Urgences 54

Parcours du combattant 57

Bernard et son lardon 60

“ Tu marieras ma fille ” 62

Fred 64

Petite est notre Bergerie 67

Vous êtes grands, chacun... 69

QUATRIÈME PARTIE

APPRIVOISER

La violence... une mode ? 73

Parades à la violence 76

Le miracle des clefs ! 82

Leurs larmes de gosses 85

“ Aimez ce qu'ils aiment ” 87

Des moines à “ Faucon ” 89

Des clones et des jumeaux 91

CINQUIÈME PARTIE

LE VENT DE L'ESPRIT

Le célibat, mystère d'amour 97

Parole d'Église, parole de trop ou silence de miséricorde ? 100

Messe sans prêtre 103

“ On n'a pas la même gueule ” 105

Qui est la brebis perdue ? 107

Un but en or 109

La prière, mon oxygène ! 112

SIXIÈME PARTIE

À TOI

À mère Teresa 119

À Jean-Paul, ce vieux routard 121

À Jean-Paul et deux regards innocents 123

À Patrick Giros 125

Un prince et un loubard 127

Méditation pour un mariage princier 130

SEPTIÈME PARTIE

AUX FOUS !

On manque de sages, on manque de fous 139

Mets-toi à la place d'un tueur ! 142

Les putes parquées ou les zizis des mecs pénalisés 144

Deux calvaires 147

Le voile : peur, protection, jeu ? 149

Allez chez l'autre 154

Louange et douleur 156

HUITIÈME PARTIE

CHUT !

Et si on parlait “ pudeur ”... 161

Le bruit, culture de mort 164

Le relais d'amour 166

Les vacances sont là 168

NEUVIÈME PARTIE

AU BORD DU PASSAGE

Les enfants face à la mort 173

Tenir la main 176

Les fleurs, les morts n'en ont rien à foutre ! 179

Euthanasie, le compromis impossible 181

DIXIÈME PARTIE

MA RELÈVE JOYEUSE

Trente-neuf ans de combat 191

Ma prière d'il y a cinquante ans 193

Au service des jeunes les plus durs 195

Pas fondateur mais inspirateur 198

Faucon, “ c'est magique ” 201

Continuer autrement 204

Avec ceux “ à bout de souffle ” 206

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Extraits du livre :

Extrait N° 1 : « J'avais dix ans » (chapitre 2  «  Paix à la guerre »)

Extrait N° 2 :  « Un but en or » (chapitre 5 « Le vent de l’Esprit »)

Extrait N° 3 :  « Les vacances sont là » (chapitre 8 «  Chut ! »)

Extrait N° 4 : «  Euthanasie, le compromis impossible » (chapitre 9 « Au bord du passage »)

Extrait N° 5 :  « Faucon, “ c'est magique ” (chapitre 10 « Ma relève joyeuse »)

 

Extrait N° 1 : « J'avais dix ans » (chapitre 2  «  Paix à la guerre »)

Limoges libéré (en 1944), mon père nous a fait descendre en ville, ma sœur, mon frère aîné et moi. Curieux, je me faufilai au milieu d'un attroupement. Ma petite taille me le permettant, je me trouvai aux premiers rangs de la curiosité populaire. Deux Allemands, grillés vifs dans leur voiture, offraient un spectacle macabre et repoussant.

Mon père, trop tardivement, m'extirpe de cette vision qui m'a marqué définitivement.

Un autre spectacle, beaucoup plus signifiant et qui m'a également terrorisé, fut celui de la populace, armée de planches, qui faisait la haie devant l'entrée de la prison. Je voyais les bois frapper violemment des têtes de femmes tondues et celles d'hommes vacillant sous les coups terribles. Certains s'affaissaient. Peut-être définitivement.

Les “ collaborateurs ” (ils ne l'étaient pas forcément) désignés à la vindicte populaire vivaient ainsi un terrible calvaire. Les alliés et les maquisards nous avaient sauvés. L'instinct le plus sordide des citoyens se libérait alors de la peur, de l'angoisse et des privations multiples. L'image des pillards et des règlements de comptes entre Irakiens est l'histoire continuée.

Un tyran tue tous les réflexes humains élémentaires de ses citoyens. L'instinct le plus primaire prend alors le dessus, libérant toujours les forces les plus destructrices. Ainsi en est-il de l'Irak actuellement. La victoire de la coalition a donné libre cours aux horreurs fratricides puisées, longuement, dans la haine entre clans, partis, voire religions.

Jean-Paul II a raison de crier au monde que “ toute guerre est une défaite de l'humanité ”.

Un gosse garde en lui les cicatrices que la guerre a provoquées au plus intime de son être. Je revois mon père nous faisant dévaler l'escalier vers la cave, dès les alertes déclenchées. J'ai souvent pensé à ces jeunes Irakiens terrés dans des abris et subissant deux guerres : celle de 1991 et celle de 2003. Combien de gosses, d'ados traumatisés à vie !

Que mon père ait osé me conduire à Oradour-sur-Glane reste, pour moi, un des plus grands moments de ma vie. L'odeur de mort émanant encore de l'église où des centaines de femmes et d'enfants sont morts grillés vifs m'a marqué à jamais.

 

Sans doute est-ce là que je suis devenu un guerrier de la paix.

 

Extrait N° 2 :  « Un but en or » (chapitre 5 « Le vent de l’Esprit »)

En repos chez des amis et seul, je décidai, pendant le dernier Mondial de foot, de célébrer l'Eucharistie devant la télévision diffusant le match Corée-Allemagne. Avec l'image, sans le son...

Merveilleux moyen de “ célébrer ” à l'échelle planétaire. Liturgie inédite mais dans la cohérence parfaite de l'universalité de cette prière à étendre au monde entier.

Je devine les milliards de regards braqués sur le téléviseur : celui des pauvres des bidonvilles parqués comme des bêtes ; celui du riche au bord de sa piscine privée ; celui du prisonnier s'évadant l'espace de la rencontre ; et le mien qui, au fond, se fout du résultat. (Avec, peut-être, un faible pour cette Corée étonnante, déchirée en deux.)

Je me garderai bien, comme l'ont fait certains prêtres, muftis ou sorciers africains, de prier le Dieu que je sers pour qu'Il favorise tel ou tel camp.

Il doit suivre ce Mondial avec 1'œil de Celui qui a tout créé et nous a laissés libres. Je Le suspecte quand même d'avoir influencé tel pied de pauvre pour décocher un but en or contre le camp réputé invincible.

Il était donc là pour le premier match de ce Mondial. Comme c'est le Dieu du Magnificat, Il s'est réjoui sans aucun doute de voir l'orgueil des favoris écrasé sous les pieds des Africains. Un coup de pouce divin à ceux qui n'avaient rien à perdre et qui, joyeusement, poussaient le ballon, serait bien dans la ligne d'un Dieu qui nous appelle à être toujours du côté des perdants.

Ma prière pénitentielle est simple :

“ Pardon, Seigneur, pour les multiples drogues qui entachent le monde sportif de haut niveau. Marco Pantani, le cycliste italien, vient de le payer par sa mort solitaire, loin des hommes qui l'ont admiré. Drogue de la notoriété qui, d'un seul coup, surprend un sportif et l'avale. Les micros et les caméras peuvent tuer. Drogue d'un nom crié, hurlé, ovationné et, un jour, tombé aux oubliettes.

“ Pardon, Seigneur, pour les muscles superbes de footballeurs qui se prennent pour des demi-dieux.

“ Pardon pour le fric qui empuantit la gloire que Tu as mise dans Ta créature.

“ Que des athlètes deviennent des catalogues de mode ou de parfums, hautement monnayés, est indigne de Ta puissance et de la grandeur de ceux à qui Tu as donné mission de nous divertir en nous appelant à soigner notre corps... et non leur compte en banque.

“ Pardon d'être nous-mêmes des regards fous, rivés sur un téléviseur. Même si nos héros demeurent dignes de nos regards et de nos passions. ”

Je continue à célébrer. J'arrive à l'action de grâces...

“ Il me faut, Seigneur, Te remercier de ce qu'un ballon peut faire pour nous unir. Que la Corée puisse être co-organisatrice de ce Mondial avec son ex-ennemi japonais est pour le futur de ces deux peuples un formidable trait d'union.

“ Que l'Afrique si méprisée, délaissée et pillée puisse dresser la tête en triomphant des adversaires, apparemment invincibles, est le radieux arc-en-ciel de ce Mondial.

“ Merci, Seigneur ! ”

La messe se termine.

L'Allemagne vient de détruire le rêve coréen. Ce peuple asiatique entre dans l'Histoire, malgré tout.

“ Merci, Seigneur, d'être descendu dans mes mains nues pour sauver le monde. ” Te faire descendre sur Terre vaut tous les matchs du monde.

 

Que tout acte d'amour, donné ou reçu, soit pour nous le seul but en or !

 

Extrait N° 3 :  « Les vacances sont là » (chapitre 8 «  Chut ! »)

Préparées et mûries en famille, elles seront ou une fatigue supplémentaire ou un espace de paix revigorant. Et donc le lieu privilégié pour tisser des liens renforcés.

Le choix de l'endroit, calme, paisible, sera déterminant. Sinon, la jungle de la ville vous suivra. Et bonjour le retour épuisant avec, comme souvenirs, les kilomètres avalés et le bruit de la foule qui ne vous a pas quittés !

Le conjoint aimé le sera tellement plus quand le couple évitera d'ajouter, au milieu des bagages, les dossiers qui cassent la joie d'être à l'écoute de l'autre.

Et si le téléphone portable qui brise toute relation n'était écouté que le soir venu ? Signe encore du : “ Je suis à toi. Rien qu'à toi. ”

Les enfants seront chéris, éduqués à l'aune du temps que vous leur offrirez.

Leur joie qui est en priorité ludique sera partagée par vous. Faire des tas de sable avec vos gosses et admirer longuement l'oiseau tombé du nid n'est pas inintéressant... même pour un ingénieur.

Porter et chérir l'aïeul(e) que vous n'omettrez pas d'emmener sera, pour vous, la cerise sur le gâteau de vos vacances. L'écouter et, de temps en temps, cheminer à côté de ses pas hésitants vous permettra d'espérer, le jour où ses petits pas seront les vôtres, que vos enfants ne vous foutront pas aux urgences la veille de partir en vacances.

Ne manquez pas de faire monter dans la bagnole votre clébard adoré. Toutes les valises faites, il attend anxieusement de savoir s'il fait partie des bagages. Il vous dira, la queue battante et le museau collé à la vitre entrouverte de votre tas de ferraille que la nature est la plus belle chose au monde pour se retrouver soi-même et renforcer les liens d'une famille qui s'aime.

Pour les croyants, évitez de mettre Dieu en vacances ! Loin des miasmes et du bruit de la ville où Dieu réside aussi, il est plus facile de Le rejoindre. Dans le calme de la nature qui aide la famille à resserrer ses liens, ne serait-il pas bon de donner un bout de notre temps à ce Dieu Créateur de la nature où la coccinelle comme l'éléphant ont leur place à part entière ?

Temps propice à la méditation, les vacances peuvent être le moment privilégié où la famille chante la gloire de Dieu.

Toi qui te dis athée, tu sauras, peut-être mieux que le croyant, te taire et admirer. Ce sera ta prière. Dieu se foutant de nos classifications saura te rendre à Sa façon le culte que tu voues à la nature par ton silence.

 

Le silence n'est-il pas la plus belle prière devant le mystère de la Création ?

 

Extrait N° 4 : «  Euthanasie, le compromis impossible » (chapitre 9 « Au bord du passage »)

Peut-on décider de sa mort ? Après la mort de Vincent Humbert, cette question fut discutée passionnément. Il est bon d'en reparler, comme il est bon de prendre du recul par rapport à l'événement.

Que ceux et celles qui me lisent ne s'inquiètent pas : nous mourrons tous un jour, ce n'est pas un scoop. Ne tremblez pas dans votre culotte, on peut mourir à n'importe quel âge. Et il est essentiel de s'y préparer.

Notre contexte culturel donne lieu à des contradictions effarantes. Nous avons vu comme l'opinion fut scandalisée à cause de la canicule de cet été. Quinze mille anciens sont morts. Je le répète. Évidemment, c'était l'horreur. Quant à Vincent Humbert, sa mère ainsi que le docteur lui donnant la mort, tout le monde ou presque approuve. Bien sûr, le contexte est différent.

Nous entrons dans une culture de mort.

Nous avons un comité national d'éthique. Il dit que chaque personne doit se réapproprier sa mort, et invoque le respect des patients jusqu'à ses ultimes instants. De cela, le comité consultatif d'éthique parle magnifiquement.

Le même comité expose également deux positions répandues en France. La première est le respect jusqu'au bout de la vie humaine et en même temps le droit à l'euthanasie sur demande personnelle. Il y a une opposition irréductible et un décalage important entre le droit et certaines pratiques. Et il propose ce qui lui apparaît comme une voie de conciliation : ne pas dépénaliser mais inscrire dans la loi, au nom de la solidarité humaine et de la compassion, une exception d'euthanasie pour les cas supposés rares et exceptionnels.

Je précise que Mme Veil avait fait la même chose pour l'avortement quand les bourgeoises allaient se faire avorter en Angleterre, alors que c'était interdit en France, et que leurs bonnes à tout faire essayaient de faire passer le gosse dans les w-c avec une baleine de parapluie. Émue par leur détresse, Mme Veil initia une loi qui permit l'avortement dans les cas exceptionnels.

Bilan en 2003 : deux cent vingt mille avortements !

“ Si la loi était votée, cela modifierait nos règles juridiques, et représenterait une acceptation sociale de l'euthanasie ”, dit Mgr Billet. “ Nous avons, nous croyants, une ferme conviction dans l'Église catholique et romaine, mille fois réaffirmée : “Tu ne tueras pas.” C'est un commandement de Dieu. C'est aussi le fondement de toute vie sociale respectueuse d'autrui, surtout des plus faibles et de ceux qui en viennent à douter de la valeur de la vie. Une loi admettant l'euthanasie, juridiquement reconnue, conduirait rapidement à l'oubli d'un principe jugé cependant fondateur, celui du Comité consultatif national d'éthique qui dit : “Le respect des patients jusqu'à leurs ultimes instants.” ”

“ La véritable compassion, continue Mgr Billet, s'efforce d'atténuer cette épreuve [de la mort] en s'ingéniant à trouver des moyens appropriés pour que jusqu'au bout la grandeur et la dignité de la personne reste. ” Donc c'est la reconnaissance et non la mise à mort délibérée d'une personne, fût-ce sur sa propre demande, qui doit être vécue.

L'Église ne peut pas l'admettre. “ Tu ne tueras pas. ” C'est tout. C'est clair et net.

Qui est le maître de la vie ?

Relisons le livre de Vincent Humbert. Nous apprenons que ce jeune pompier fut comme haché en morceaux dans un accident. Il avait vingt-deux ans. Il est resté tétraplégique, aveugle et muet. Il a supplié sa mère de l'aider à mourir.

Sa mère a commencé à vouloir débrancher son gosse et ensuite le Dr Chaussois a fait ce qu'il fallait pour qu'il meure. Ce médecin a eu le courage de le dire publiquement. Il a dit que c'était lui qui avait donné la mort alors que le parquet a requis sa mise en examen et que sa peine peut être la réclusion criminelle à perpétuité.

Qui est le maître de la vie ?

Il y a des cas tout à fait exceptionnels. Des personnes peuvent vouloir se donner la mort alors qu'elles sont en pleine vie. Lui, Vincent, pouvait à peine bouger un doigt.

Il faut savoir que Vincent Humbert depuis sa jeunesse était imprégné de cette idéologie ambiante selon laquelle on peut décider de l'heure de sa mort. C'est un fait important. Évidemment, si on lui avait dit au départ qu'un chrétien, un croyant, ne peut le décider, sa psychologie eût été autre.

Vincent a été victime d'un acharnement thérapeutique, d'une obstination déraisonnable dans la réanimation qui a suivi l'accident. Cette histoire soulève la question des réanimations excessives (…)

 

Extrait N° 5 :  « Faucon, “ c'est magique ” (chapitre 10 « Ma relève joyeuse »)

(…) Deux ans après (en 1974), je trouve la ruine rêvée, à quatre kilomètres de la première maison. C'était “ Faucon ”.

Quand je vois aujourd'hui nos jeunes sauvageons s'épanouir là avec autant de force qu'il y a trente ans, je me dis que les jeunes fondateurs de Faucon ont eu un coup de génie.

Effacé, le temps où deux lapins, trois poules et un cochon peuplaient notre environnement. Vingt-neuf espèces d'animaux cohabitent aujourd'hui autour de la Bergerie.

Je voyais, ces jours derniers, “ Choupette ”, laie de six ans, dernière arrivante dans notre Bergerie. Adoptée à trois semaines par les fermiers qui devaient l'abattre, elle était entourée de la sollicitude de nos jeunes. Perdue dans la forêt et élevée au biberon, nourrie par les gens qui l'avaient trouvée, elle ne connaissait pas ses frères et sœurs sangliers. C'était à qui, de mes jeunes, lui offrirait chocolat, gâteaux et autres sucreries. Déstabilisée, Choupette faisait en effet la grève de la faim. Elle dévore maintenant tout ce qu'on lui donne. Elle a accepté les saillies de Fernand, mâle superbe et belge de surcroît. On attend ses petits incessamment.

Des paons aux kangourous, des chameaux aux autruches, des buffles aux mouflons, nos jeunes, sans le savoir, se sauvent grâce aux animaux. Faut-il qu'ils soient détruits par l'humain pour trouver en l'animal le souffle de vie qui leur manque ! Marco me l'a signifié de belle façon, un jour : “ La bête ne reprend jamais ce qu'elle a donné. L'humain, si ! ”

Cette petite structure, que je n'ai jamais voulu développer, a sauvé combien de vies ? L'existence heureuse de beaucoup d'anciens me le révèle. Et combien d'associations sont nées de cette expérience, humble, petite ! Nous ne sommes pas une référence ni un modèle. Mais une façon de vivre et de croire à l'espérance.

Et parfois, quand j'ai baissé les bras, un pauvre de tout a su me mettre le feu au cul. Deux ans après l'achat de la ruine, ayant sollicité maints amis, je pensais stopper les travaux et mettre un toit sur le premier étage existant. Un jeune à qui je confessais mon désarroi m'a décoché : “ Tu dis, Guy, que ton Dieu aime les pauvres, alors Il t'aidera à finir la Bergerie. ”

Dans les mois suivants, Faucon renaissait avec ses trois étages. Grâce à mes droits d'auteur.

Ce sont eux, les loubards, les vrais et seuls fondateurs.

 

Yusuf, un ancien, m'a dit le premier : “ Cet endroit est magique. ” Tant d'autres après lui ont repris ce terme. On ne peut résister à la magie de l'amour et de la beauté.

“ La beauté sauvera le monde ”, affirmait Dostoïevski. “ L'amour est comme un torrent. Il emporte tout ”, disait saint Paul.

Mes jeunes en sont la vivante illustration.

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FAMILLE CHRETIENNE du 24 juillet 2004  (scanné avec l'aimable autorisation de la rédaction) 

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