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Son 4ème article paru en 2005
"LES DEUX RESCAPES" paru dans « La Croix » du 13 septembre 2005 ( reproduit ici avec leur aimable autorisation -Groupe BAYARD PRESSE)
Leurs deux visages sont restés étrangement lumineux et sereins. Ayant dépassé largement les quatre-vingts ans, ils trottinent allègrement dans les couloirs du monastère cistercien de Midelt.
Je leur avais promis depuis longtemps de venir les rejoindre au fond de l’Atlas marocain où ils se nichent dans une minuscule communauté.
Ces moines sont quelques gouttes de l’élexir dont la tradition monastique est friande...
“Elixir de vie” proclame le texte de l’Ecriture en faisant référence à l’amitié.
Les deux octogénaires, Amédée et Jean-Pierre, sont les rescapés de Tibhirine. Nous sommes le “petit reste” aime répéter Amédée.
Après le déchirement causé par la mort de leurs sept compagnons, octogénaires intrépides mais toujours vaillants, ils sont partis rejoindre la communauté marocaine au nom évocateur de “Notre-Dame de l’Atlas”.
Ils savent mieux que quiconque la puissance de la phrase évangélique : “Voici que nous avons tout quitté”.
J’ai été témoin du lien amical puissant qui les unissait à d’innombrables familles algériennes.
Autrefois, quand j’allais en retraite à Tibhirine, impossible de ne pas repérer ces deux moines, petites fourmis accueillant, palabrant interminablement avec ceux et celles qui frappaient à la porte du monastère.
Comment aussi oublier l’immense penseur qu’était Christian de Chergé, Christophe la cheville ouvrière des cultivateurs algériens associés du jardin et frère Luc qui a soigné des milliers de pauvres ? Ils sont allés jusqu’au bout pour donner la vie, sans bruit, sans se lasser.
C’est la force de leur amitié pour le peuple musulman qui leur avait permis de choisir de rester.
Quand les tueurs sont arrivés, ils étaient prêts. De minuscules bagages étaient déjà disposés au pied de leur lit. Par miracle, Amédée et Jean-Pierre, tapis dans leur chambre, n’ont pas eu à les emporter. Ils restent les seuls témoins.
“Il s’agit d’être une Eglise dans un peuple musulman pour un peuple musulman” aime répéter Henri Teissier, archevêque d’Alger.
“Une Eglise de la rencontre, du partage de l’amitié et de la communication” ajoute le prélat algérien.
Sirotant un café avec Amédée dans un bar de Midelt, je constate avec étonnement qu’il connaît chacun par son prénom.
Jean-Pierre, lui, me fait goûter les mirabelles exquises du jardin.
L’Eglise au coeur de l’Islam, dans une présence enfouie, est de l’ordre du mystère.
Une cigogne passe majestueusement au-dessus du monastère semblant amener sur ses ailes l’espérance d’une nouvelle mission qui s’adresse à une société toute entière pour la réconciliation des deux plus grandes communautés religieuses dans le monde.
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