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"ET SI JE ME CONFESSAIS..." (livre sorti en novembre 2006)

(Page réalisée avec l'aimable autorisation des Editions Stock)

TEXTE AU VERSO : "Depuis 40 ans, le père Guy Gilbert se bat pour les exclus, ceux des rues et des prisons, les marginaux de la société. Durant toutes ces années où il a interpellé l'opinion publique et les médias, on pensait le connaître avec son incroyable énergie, ses mots coups de poing, son blouson de cuir et ses santiags.

 

Pour la première fois, pourtant, il se raconte. Lui qui a tant parlé pour les autres, évoque ici sa vie, sans détours: sa naissance dans une famille ouvrière de quinze enfants ; sa vocation religieuse dès l’âge de treize ans ; l'Algérie où il se confronte à la torture, l'injustice et la souffrance, forgeant sa résistance et ses révoltes ; ses premières rencontres avec de jeunes « paumés » ; son combat quotidien, acharné, pour les sortir de l'enfer, son action à Paris ou à Faucon, dans la bergerie provençale qui accueille ceux qu’on dit irrécupérables.

 

Le récit de Guy Gilbert est exceptionnel de lucidité, d’honnêteté et de courage. Car, du cœur des souffrances du monde où il a été plongé, il n’a jamais cessé de proclamer avec amour sa foi en Dieu , son Amour de l'Eglise  et sa confiance  éperdue en l’homme. Plus qu’une « confession », ce livre est une formidable leçon d’espoir. 

 

 

 Révélé en 1978 par un livre choc Un prêtre chez les loubards, Guy Gilbert a publié depuis de nombreux ouvrages dont Des jeunes y entrent, des fauves en sortent et Ma religion c'est l'amour, aux éditions Stock".

 

 

 

 

Préface du livre

Table des matières

Extraits

Vu dans la presse (critique)

Préface du livre :

"J’ai horreur des autobiographies. L’auteur tire toujours les meilleurs côtés de ce qu’il est et de ce qu’il fait.

Si mon combat de prêtre et d’éducateur n’est pas commun, il est dû à des événements et à ma personnalité. Cela s’appelle un destin auquel j’étais appelé et que j’ai vécu et vis bellement. Au fond, depuis quatre décennies, je vis une vie ordinaire au cœur de l’extraordinaire. Je n’en tire aucun mérite. J’ai conscience de rendre aux autres ce que j’ai reçu au berceau. Et je rends hommage à l’Église qui m’a toujours fait confiance.

L’hommage central sera destiné, dans cette autobiographie, aux loubards de ce temps. Ils ont fait de moi le prêtre et l’éducateur que je suis. Et le combattant qui continue son chemin.

La fameuse « racaille » est un peuple vrai. Violent certes, aux nombreux dérapages. Mais ils sont des pauvres, des exclus, des rejetés et des perdus. La parole du Christ : « Je suis venu chercher ceux qui étaient perdus » m’a toujours vrillé le cœur. Ils portent, à travers leur désespoir et leurs excès, l’espérance invincible de ceux qui n’ont rien à perdre et qui nous foutent en pleine gueule notre suffisance, notre égoïsme, notre individualisme. Être à leurs côtés m’a permis de rejoindre l’Évangile au ras des pâquerettes, tout en combattant avec acharnement une société qui vit souvent dans le non-sens, si ce n’est le sens de l’argent, du pouvoir et de la gloire.

Puisses-tu trouver, dans ces pages, des éclairs d’espérance. À travers mon militantisme, puissé-je rejoindre tant d’êtres de toute confession, de toute culture et de toute idéologie qui combattent pour ne laisser personne sur le bord de la route en allant jusqu’au bout de l’Humain. De tout Humain. En cherchant, parfois désespérément, sa part de cristal."


Table des matières :

I. Mes premiers pas dans le monde

II. La folie des hommes

III. « Cul nu » à Paris

IV. Écouter le pouls du monde

V. L’aventurier aux mains nues

 

I. Mes premiers pas dans le monde page 13

1. Un canard au milieu d’une couvée de poussins page 15

2. Cauchemars d’enfance page 24

3. L’appel de Dieu page 29

4. Le feu de la foi page 34

 

II. La folie des hommes page 45

5. À la boucherie page 47

6. Chienne de guerre page 52

7. Je retourne en Algérie page 60

8. Des hommes debout page 65

9. Un pied dans l’église, un pied dans la rue page 72

10. L’Algérie au cœur page 81

 

III. « Cul nu » à Paris page 85

11. De la soutane au blouson noir page 87

12. Mon histoire d’amour page 97

13. Mes jours et mes nuits page 112

14. Livres et médias page 123

15. Dans la marmite de Vatican I  page 133

16. Mes trois cultures page 142

17. Les armes de la foi page 145

 

IV. Écouter le pouls du monde page 155

18. Prisonniers, au cœur de la souffrance page 157

19. Dans les banlieues, lire entre les flammes page 168

20. L’Évangile à coups de poing page 180

21. L’éducation des jeunes page 183

22. Nouvelles vocations  page 187

23. Au service de quatre diocèses page  192

24. Les sacrem ents page 196

 

V. L’aventurier aux mains nues page 213

25. L’aventure de Faucon page 215

26. Nos amies les bêtes page 232

27. Un métier beau et périlleux page 239

28. Un compagnon du malheur page 251

29. De l’enfer à la lumière page 260

30. La mort, une merveilleuse rencontre page 273

31. Mes prières préférées page 280

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Extraits du livre 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6

 

Extrait N° 1 : 

"Du loubard au prince" (d'un mariage à l'autre...)

(...) Le 12 avril 2003 à 9 h 30, je me prépare à célébrer l’union de deux altesses royales belges aux côtés du Cardinal Danneels.

Juste avant la cérémonie, je me glisse dans la Cathédrale sainte Gudule humant le doux et tenace parfum des vingt mille roses qui ceinturent les piliers du splendide vaisseau ecclésial.  Effaré, je constate que des centaines de caméras et d’appareils photos entourent le choeur.

Connaissant de longue date le prince Laurent, cadet de la famille royale belge, j’ai accepté d’être là pour son mariage et de prêcher à la fin de la cérémonie. Mais je ne m’étais absolument pas douté d’une telle médiatisation. C’est étrange, mais c’est comme ça. La semaine précédente, j’avais marié un couple de loubards, en présence de leurs cinq invités. Et là, j’allais être en face de mille cinq cents invités royaux, de toutes les cours d’Europe sans compter les millions de téléspectateurs.

Reviennent alors deux flashs de mon enfance.

J’avais dix ans. J’avais eu l’idée saugrenue avant d’aller me coucher, de demander à mes petits frères et soeurs de me baiser la main en me gratifiant d’un royal “Bonsoir Majesté”.  Juchés sur les deux premières marches de l’escalier qui menaient à nos chambres dans le grenier, mes frères et soeurs me faisaient allégeance. Ce rituel du soir ponctué de rires étouffés avait fini par intriguer mes parents qui dormaient tout près et qui ignoraient le motif de notre joyeuse complicité. Passant  leurs deux têtes par l’entrebâillement de la porte de leur chambre, mon père et ma mère assistèrent au cérémonial royal…   Je vis en un éclair leurs visages osciller entre le rire et leur désir de faire respecter la règle qui, stricte, nous interdisait tout bruit passée l’heure du coucher. La torgnole de mon père , je m’en souviens encore. Gifle appuyée par cette phrase : “ Je t’en foutrais, moi, de “Sa Majesté” !

La “Cour” penaude se retira prestement.

Le deuxième flash était, lui, prémonitoire :

Epris de nature et courant tout jeune dans la forêt, je parlais aux arbres. Je leur criais l’Amour de Dieu, comme s’ils étaient des personnes humaines.

“Oui je veux crier partout que Dieu nous aime et que seul compte l’amour sur terre !” me disais-je.

A combien de messes et de conférences, ce flash de mon enfance revient ! Il est le sens que j’ai donné à ma vie. Il est la joie de mon existence. Parce que l’amour  je l’ai connu tout petit. Il est pour moi le plus beau cadeau du ciel.

Je n’ai de cesse de rendre l’amour que j’ai reçu : du loubard au prince.(...)

 

Extrait N° 2 :

"La pale dans le satin" (Hommage à sa mère)

(...) Bien plus tard, au moment où je serais ordonné prêtre, ma mère m’apprit qu’enceinte elle avait prié le Seigneur que je puisse me consacrer à Lui si elle allait avoir un garçon. Elle avait découpé dans le satin de sa robe de mariée, pour le fils prêtre qu’elle rêvait d’avoir, cette pale que l’on pose sur le calice.

Mais elle ne m’en avait rien dit pour ne pas m’influencer.(...)

 

Extrait N° 3 : 

"La guerre d'Algérie" 

(...) Cette guerre, je l’ai haïe par tous les pores de ma peau. Mais qui puis-je ? Elle m’avait permis de lutter pour l’homme.  Elle était restée en moi. Elle avait fait de moi un militant. Grâce à elle, j’avais pu mettre le doigt sur le Mal. Ce mal que je retrouverai plus tard avec la même horreur chez certains des jeunes délinquants criminels, et qui déclenchera en moi la même pulsion pour les sortir de l’horreur. Je le redis : le combattant que je suis devenu, je le dois à cette guerre, parce que je l’avais faite contre mon sentiment. Mais agneau révolté, tous crocs dehors quand l’homme est bafoué, écrasé, piétiné. Le combattant que je suis est né là de façon absolue. Mon sacerdoce et ma future tâche d’éducateur s’enrichiront de cette guerre putride. Toute guerre est immonde. Et Georges Bush en sait quelque chose aujourd’hui, enlisé dans un conflit qu’il a voulu. Cancer aux multiples métastases qui explosent aux visages des Américains. (...)

 

Extrait N° 4 :

 "Hommage aux frères prêtres" 

(...) Ce que je constate, par ailleurs, c’est combien le prêtre est l’homme de l’invisible. Serviteurs de Dieu, nous trimballons le Seigneur en nous-mêmes par le charisme de notre sacerdoce. Nous attestons de l’invisible et nous devons méditer cela beaucoup plus souvent.

Nous sommes des humains, mais nous portons de façon spéciale le Christ à transmettre. C’est un mystère caché à travers notre célibat. Si nous rendons notre peuple heureux, celui-ci peut et doit par son amitié nous rendre l’énergie et la joie de le servir. Je sais que mon sacerdoce est une sacrée chance pour moi et j’admire celui de mes confrères qui vivent une grande solitude.

Nous sommes peu pour une immense moisson. Mais quoi qu’il arrive, il nous faut être des apôtres de la joie. Un prêtre sans cesse assailli, portable à l’oreille, ne donnera pas envie à des jeunes de suivre ses pas.

Nous devons être sur tous les fronts. Celui de la rencontre, qui est le nôtre, nécessite de dire à l’évêque de temps en temps : « Eh cool ! Monseigneur, tu me flanques une tâche supplémentaire. »

Je ne suis ni un fonctionnaire du culte ni un évangélisateur du macadam. Je veux être un être vivant. Faire peu et bien en y mettant toutes mes forces est tellement mieux qu d’être sur dix chantiers à la fois.

Mgr Duval nous disait toujours : « Le huitième sacrement c’est l’amitié sacerdotale. » Je le crois et je veux le vivre. Ma solidarité est la plus grande possible avec mes frères prêtres.
Ce chapitre n’a pas d’autre but que de leur rendre hommage.
(...)

 

Extrait N° 5 :

"Mes trois cultures"

(...) Puis, il y a eu ma culture loubarde. Elle m’a enrichi d’une façon certaine. Dans la rue, quand un mec te parle et te dit : « Tu me pues au visage. Ne respire pas mon oxygène » Il faut savoir lui répondre. J’ai appris très vite qu’on ne trichait pas, on disait ce qu’on pensait. Et cette culture-là m’a transmis l’Évangile au ras des pâquerettes, tandis qu’au séminaire on disait à Benoît de répéter à Jean-Paul, qu’André était un enfoiré. Cette culture loubarde de vérité, sans nuances, m’a beaucoup apporté, tout en rendant grâce à mes maîtres, mon père et ma mère de m’avoir inculqué la sagesse des mots, le respect des expressions.

Je dois mon langage fleuri d’aujourd’hui, je le dois à ma dernière culture. J’entends encore ma mère me dire «  Mon petit Guy, ta dernière prestation à la télévision était très bonne à part …  les 14 gros mots que tu as dits ».

A la fin de sa vie, sa surdité lui permettait de ne rien me reprocher.

De soutane en tenue de clergyman, d’habit civil en carapace de loubard, j’ai vécu des époques rudement chouettes. Je n’en renie aucune. Chaque passage sera pour moi signe, appel à un changement. Mes deux tenues de combat d’aujourd’hui sont mon aube et mon blouson.(...)

 

Extrait N° 6 :

"Prisonniers, au coeur de la souffrance"

  (...) Au delà de la France le prisonnier n’est-il pas considéré comme un sous-homme ?  Cette anecdote récente que j’ai trouvée scandaleuse le confirme. Quand l’ouragan Katrina s’est approché de la Nouvelle-Orléans, la Société protectrice des animaux a préparé l’évacuation de deux cent soixante-trois chiens et chats après les avoir photographiés. On les a identifiés au cas où leur dossier disparaîtrait. Le 27 août 2005, les animaux ont été placés dans des véhicules à air conditionné. Par contre, le maire de la Nouvelle-Orléans a refusé de mettre en urgence dans une autre prison les six mille cinq cents détenus de la prison municipale. Contrairement aux chiens et aux chats, les prisonniers ont été abandonnés. Les six mille cinq cents dossiers des prisonniers ont été détruits. Deux mois plus tard, des détenus qui auraient dû être libérés étaient toujours en prison. L’eau a commencé à monter dans les cellules et des prisonniers se sont retrouvés avec l’eau jusqu’au cou. Quelques-uns dans une cellule avaient été complètement oubliés et sont restés trois jours sans manger ni boire . « Comment peut-on traiter des humains de cette façon-là, quoi qu’ils aient fait ? »

Je précise que la plupart des six mille cinq cents prisonniers de la Nouvelle-Orléans, n’étaient pas des tueurs.

   Un combat permanent doit pousser les autorités des Etats à admettre que quoi qu’il arrive, le prisonnier est un être humain. Il faut parfois qu’un élu entre en taule pour comprendre la misère de la détention. Je ne manque pas de leur écrire, surtout quand Alain Carignon, maire de Grenoble et président du Conseil général se plaignait, lors de son séjour à la prison de Lyon, qu’il n’y avait pas d’eau chaude. Ma lettre a été claire : « Alain, quand tu arpentais les tapis rouges, les marbres et les dorures des palais de la République, tu n’as jamais mis les pieds dans une seule prison de ton département ! Ils étaient pourtant des citoyens dont tu avais la charge. (...)

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