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| "ET SI
JE ME CONFESSAIS..." (livre sorti en novembre 2006)
(Page réalisée avec l'aimable autorisation des Editions Stock) |
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Vu dans la presse (critique) |
Si mon combat
de prêtre et d’éducateur n’est pas commun, il est dû à des événements
et à ma personnalité. Cela s’appelle un destin auquel j’étais appelé et
que j’ai vécu et vis bellement. Au fond, depuis quatre décennies, je
vis une vie ordinaire au cœur de l’extraordinaire. Je n’en tire aucun
mérite. J’ai conscience de rendre aux autres ce que j’ai reçu au
berceau. Et je rends hommage à l’Église qui m’a toujours fait
confiance.
L’hommage
central sera destiné, dans cette autobiographie, aux loubards de ce temps. Ils
ont fait de moi le prêtre et l’éducateur que je suis. Et le combattant qui
continue son chemin.
La fameuse
« racaille » est un peuple vrai. Violent certes, aux nombreux dérapages.
Mais ils sont des pauvres, des exclus, des rejetés et des perdus. La parole du
Christ : « Je suis venu chercher ceux qui étaient perdus »
m’a toujours vrillé le cœur. Ils portent, à travers leur désespoir et
leurs excès, l’espérance invincible de ceux qui n’ont rien à perdre et
qui nous foutent en pleine gueule notre suffisance, notre égoïsme, notre
individualisme. Être à leurs côtés m’a permis de rejoindre l’Évangile
au ras des pâquerettes, tout en combattant avec acharnement une société qui
vit souvent dans le non-sens, si ce n’est le sens de l’argent, du pouvoir et
de la gloire.
Puisses-tu
trouver, dans ces pages, des éclairs d’espérance. À travers mon
militantisme, puissé-je rejoindre tant d’êtres de toute confession, de toute
culture et de toute idéologie qui combattent pour ne laisser personne sur le
bord de la route en allant jusqu’au bout de l’Humain. De tout Humain.
En cherchant, parfois désespérément, sa part de cristal."
I. Mes premiers pas dans le monde
V. L’aventurier aux mains nues
I.
Mes premiers pas dans le monde
page 13
1. Un canard
au milieu d’une couvée de poussins page
15
2. Cauchemars
d’enfance page 24
3. L’appel
de Dieu page 29
4. Le
feu de la foi page 34
II.
La folie des hommes page
45
5. À la
boucherie page 47
6. Chienne de
guerre page 52
7. Je
retourne en Algérie page
60
8. Des hommes
debout page 65
9. Un pied
dans l’église, un pied dans la rue page
72
10. L’Algérie
au cœur page 81
III.
« Cul nu » à Paris
page 85
11. De la
soutane au blouson noir page
8
12. Mon
histoire d’amour page 97
13. Mes jours
et mes nuits page
112
14. Livres et
médias page 12
15. Dans la
marmite de Vatican I
page 133
16. Mes trois
cultures page 142
17. Les armes
de la foi page 145
IV.
Écouter le pouls du monde
page 155
18.
Prisonniers, au cœur de la souffrance page
157
19. Dans les
banlieues, lire entre les flammes page
168
20. L’Évangile
à coups de poing page 180
21. L’éducation
des jeunes page 183
22. Nouvelles
vocations page
187
23. Au
service de quatre diocèses page
192
24. Les
sacrem
V.
L’aventurier aux mains nues
page 213
25.
L’aventure de Faucon page
215
26. Nos amies
les bêtes page 232
27. Un métier
beau et périlleux page 239
28. Un
compagnon du malheur page
251
29. De
l’enfer à la lumière page
260
30. La mort,
une merveilleuse rencontre page
273
Extraits du livre : 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6
"Du loubard au prince" (d'un mariage à l'autre...)
(...) Le 12 avril 2003
à 9 h 30, je me prépare à célébrer l’union de deux altesses royales
belges aux côtés du Cardinal Danneels.
Juste avant la cérémonie,
je me glisse dans la Cathédrale sainte Gudule humant le doux et tenace parfum
des vingt mille roses qui ceinturent les piliers du splendide vaisseau ecclésial.
Effaré, je constate que des centaines de caméras et d’appareils
photos entourent le choeur.
Connaissant de
longue date le prince Laurent, cadet de la famille royale belge, j’ai accepté
d’être là pour son mariage et de prêcher à la fin de la cérémonie. Mais
je ne m’étais absolument pas douté d’une telle médiatisation. C’est étrange,
mais c’est comme ça. La semaine précédente, j’avais marié un couple de
loubards, en présence de leurs cinq invités. Et là, j’allais être en face
de mille cinq cents invités royaux, de toutes les cours d’Europe sans compter
les millions de téléspectateurs.
Reviennent alors
deux flashs de mon enfance.
J’avais dix ans.
J’avais eu l’idée saugrenue avant d’aller me coucher, de demander à mes
petits frères et soeurs de me baiser la main en me gratifiant d’un royal
“Bonsoir Majesté”. Juchés sur
les deux premières marches de l’escalier qui menaient à nos chambres dans le
grenier, mes frères et soeurs me faisaient allégeance. Ce rituel du soir
ponctué de rires étouffés avait fini par intriguer mes parents qui dormaient
tout près et qui ignoraient le motif de notre joyeuse complicité. Passant
leurs deux têtes par l’entrebâillement de la porte de leur chambre,
mon père et ma mère assistèrent au cérémonial royal… Je vis en un éclair leurs visages osciller entre le
rire et leur désir de faire respecter la règle qui, stricte, nous interdisait
tout bruit passée l’heure du coucher. La torgnole de mon père , je m’en
souviens encore. Gifle appuyée par cette phrase : “ Je t’en foutrais, moi,
de “Sa Majesté” !
La “Cour”
penaude se retira prestement.
Le deuxième flash
était, lui, prémonitoire :
Epris de nature et
courant tout jeune dans la forêt, je parlais aux arbres. Je leur criais l’Amour
de Dieu, comme s’ils étaient des personnes humaines.
“Oui je veux
crier partout que Dieu nous aime et que seul compte l’amour sur terre !”
me disais-je.
A combien de
messes et de conférences, ce flash de mon enfance revient ! Il est le sens que
j’ai donné à ma vie. Il est la joie de mon existence. Parce que l’amour
je l’ai connu tout petit. Il est pour moi le plus beau cadeau du ciel.
Je n’ai de cesse
de rendre l’amour que j’ai reçu : du loubard au prince.(...)
"La pale dans le satin" (Hommage à sa mère)
(...) Bien plus tard, au moment où je serais ordonné prêtre, ma mère
m’apprit qu’enceinte elle avait prié le Seigneur que je puisse me consacrer
à Lui si elle allait avoir un garçon. Elle avait découpé dans le satin de sa
robe de mariée, pour le fils prêtre qu’elle rêvait d’avoir, cette pale
que l’on pose sur le calice.
Mais elle ne m’en avait rien dit pour ne pas m’influencer.(...)
"La guerre d'Algérie"
(...) Cette guerre, je l’ai haïe par tous
les pores de ma peau. Mais qui puis-je ? Elle m’avait permis de lutter
pour l’homme. Elle était restée
en moi. Elle avait fait de moi un militant. Grâce à elle, j’avais pu mettre
le doigt sur le Mal. Ce mal que je retrouverai plus tard avec la même horreur
chez certains des jeunes délinquants criminels, et qui déclenchera en moi la même
pulsion pour les sortir de l’horreur. Je le redis : le combattant que je
suis devenu, je le dois à cette guerre, parce que je l’avais faite contre mon
sentiment. Mais agneau révolté, tous crocs dehors quand l’homme est bafoué,
écrasé, piétiné. Le combattant que je suis est né là de façon absolue.
Mon sacerdoce et ma future tâche d’éducateur s’enrichiront de cette guerre
putride. Toute guerre est immonde. Et Georges Bush en sait quelque chose
aujourd’hui, enlisé dans un conflit qu’il a voulu. Cancer aux multiples métastases
qui explosent aux visages des Américains. (...)
"Hommage aux frères prêtres"
(...) Ce que
je constate, par ailleurs, c’est combien le prêtre est l’homme de
l’invisible. Serviteurs de Dieu, nous trimballons le Seigneur en nous-mêmes
par le charisme de notre sacerdoce. Nous attestons de l’invisible et nous
devons méditer cela beaucoup plus souvent.
Nous
sommes des humains, mais nous portons de façon spéciale le Christ à
transmettre. C’est un mystère caché à travers notre célibat. Si nous
rendons notre peuple heureux, celui-ci peut et doit par son amitié nous rendre
l’énergie et la joie de le servir. Je sais que mon sacerdoce est une sacrée
chance pour moi et j’admire celui de mes confrères qui vivent une grande
solitude.
Nous
sommes peu pour une immense moisson. Mais quoi qu’il arrive, il nous faut être
des apôtres de la joie. Un prêtre sans cesse assailli, portable à
l’oreille, ne donnera pas envie à des jeunes de suivre ses pas.
Nous
devons être sur tous les fronts. Celui de la rencontre, qui est le nôtre, nécessite
de dire à l’évêque de temps en temps : « Eh cool !
Monseigneur, tu me flanques une tâche supplémentaire. »
Je ne suis ni un fonctionnaire du culte ni un
évangélisateur du macadam. Je veux être un être vivant. Faire peu et bien en
y mettant toutes mes forces est tellement mieux qu d’être sur dix chantiers
à la fois.
Mgr
Duval nous disait toujours : « Le huitième sacrement c’est
l’amitié sacerdotale. » Je le crois et je veux le vivre. Ma solidarité
est la plus grande possible avec mes frères prêtres.
Ce chapitre n’a pas d’autre but que de leur rendre hommage.(...)
"Mes trois cultures"
(...) Puis, il y a eu ma culture loubarde.
Elle m’a enrichi d’une façon certaine. Dans la rue, quand un mec te parle
et te dit : « Tu me pues au visage. Ne respire pas mon oxygène » Il
faut savoir lui répondre. J’ai appris très vite qu’on ne trichait pas, on
disait ce qu’on pensait. Et cette culture-là m’a transmis l’Évangile au
ras des pâquerettes, tandis qu’au séminaire on disait à Benoît de répéter
à Jean-Paul, qu’André était un enfoiré. Cette culture loubarde de vérité,
sans nuances, m’a beaucoup apporté, tout en rendant grâce à mes maîtres,
mon père et ma mère de m’avoir inculqué la sagesse des mots, le respect des
expressions.
Je dois mon langage fleuri d’aujourd’hui,
je le dois à ma dernière culture. J’entends encore ma mère me dire «
Mon petit Guy, ta dernière prestation à la télévision était très bonne à
part … les 14 gros mots que tu as
dits ».
A la fin
de sa vie, sa surdité lui permettait de ne rien me reprocher.
De
soutane en tenue de clergyman, d’habit civil en carapace de loubard, j’ai vécu
des époques rudement chouettes. Je n’en renie aucune. Chaque passage sera
pour moi signe, appel à un changement. Mes deux tenues de combat
d’aujourd’hui sont mon aube et mon blouson.(...)
"Prisonniers, au coeur de la souffrance"
(...)
Au delà de la France le prisonnier n’est-il pas considéré comme un
sous-homme ? Cette anecdote récente
que j’ai trouvée scandaleuse le confirme. Quand l’ouragan Katrina s’est
approché de la Nouvelle-Orléans, la Société protectrice des animaux a préparé
l’évacuation de deux cent soixante-trois chiens et chats après les avoir
photographiés. On les a identifiés au cas où leur dossier disparaîtrait. Le
27 août 2005, les animaux ont été placés dans des véhicules à air
conditionné. Par contre, le maire de la Nouvelle-Orléans a refusé de mettre
en urgence dans une autre prison les six mille cinq cents détenus de la prison
municipale. Contrairement aux chiens et aux chats, les prisonniers ont été
abandonnés. Les six mille cinq cents dossiers des prisonniers ont été détruits.
Deux mois plus tard, des détenus qui auraient dû être libérés étaient
toujours en prison. L’eau a commencé à monter dans les cellules et des
prisonniers se sont retrouvés avec l’eau jusqu’au cou. Quelques-uns dans
une cellule avaient été complètement oubliés et sont restés trois jours
sans manger ni boire . « Comment peut-on traiter des humains de cette façon-là,
quoi qu’ils aient fait ? »
Je précise
que la plupart des six mille cinq cents prisonniers de la Nouvelle-Orléans,
n’étaient pas des tueurs.
Un
combat permanent doit pousser les autorités des Etats à admettre que quoi
qu’il arrive, le prisonnier est un être humain. Il faut parfois qu’un élu
entre en taule pour comprendre la misère de la détention. Je ne manque pas de
leur écrire, surtout quand Alain Carignon, maire de Grenoble et président du
Conseil général se plaignait, lors de son séjour à la prison de Lyon,
qu’il n’y avait pas d’eau chaude. Ma lettre a été claire : « Alain,
quand tu arpentais les tapis rouges, les marbres et les dorures des palais de la
République, tu n’as jamais mis les pieds dans une seule prison de ton département !
Ils étaient pourtant des citoyens dont tu avais la charge. (...)
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