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CHRONIQUES 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008 et 2009 retenues dans "La Croix" :

Parution le 21 février 2001  en page 22 "PHOTOS SALISSANTES"
Parution le 27 mars 2001 en page 23 "AINSI MEURENT LES PRETRES"
Parution le 16 mai 2001 en page 27 "L'INCONSCIENCE A TOUTE VITESSE"
Parution le 4 juillet 2001 en page 23 "COEUR DE PRETRE, COEUR DE FEU"
Parution le 24 juillet 2001 en page 19 "JUSQU'AU BOUT"
Parution le 3 août 2001 en page 19 " MA MERE ET SES MESANGES"
Parution le 6 septembre 2001 en page 27 "EGLISE TENDANCE"
Parution le 20 septembre 2001 en page 27 "NOUS SOMMES TOUS DES ALGERIENS"
Parution le 7 novembre 2001 en page 27 "HISTOIRE D'UN CHENE"
Parution le 6 décembre 2001 en page 27 "UNE LONGUE GALERE"
Parution le 18 décembre 2001 en page 27 "UN JEUNE FAUVE EN LIBERTE"
Parution le 29 janvier 2002 en page 23 "UNE MESSE SANS PRETRE"
Parution le 7 février 2002 en page 27 "LIONEL ET JACQUES"
Parution le 28 février 2002 en page 27 "LA VIOLENCE... UNE MODE ?"
Parution le 4 avril 2002 en page 27 "DEUX CALVAIRES"
Parution le 16 mai 2002 en page 27 "RENDEZ-VOUS A TORONTO"
Parution le 27 juin 2002 en page 26 "COMME DES ENFANTS"
Parution le 11 juillet 2002 en page 27 "CELEBRER AVEC LE MONDIAL"
Parution le 21 août 2002 en page 19 "LES ENFANTS FACE A LA MORT"
Parution le 4 septembre 2002 en page 27 "LES BREBIS PERDUES"
Parution le 23 octobre 2002 en page 27 "FASCINANTE ALGERIE"
Parution le 19 novembre 2002 en page 27 "LE DERAPAGE DE PATRICK HENRY"
Parution le 11 décembre 2002 en page 27 "UN SPORT SYLVESTRE"
Parution le 16 janvier 2003 en page 27 "TU MARIERAS MA FILLE"
Parution le 29 janvier 2003 en page 27 "DES CLONES ET DES JUMEAUX"
Parution le 20 février 2003 en page 27 "BERNARD ET SON LARDON"
Parution le 4 mars 2003 en page 23 "LE BRUIT, C'EST LA MORT"
Parution le 8 avril 2003 en page 27 "AVEC LES ANGES DE LA NUIT"
Parution le 24 juin 2003 en page 25 "LE CELIBAT, MYSTERE D'AMOUR"
Parution le 4 août 2003 en page 19 "DES MOINES A FAUCON"
Parution le 19 août 2003 en page 19 "LE MIRACLE DES CLES"
Parution le 11 septembre 2003 en page 23 "LE RELAIS D'AMOUR"
Parution le 2 octobre 2003 en page 27 "AIMEZ CE QU'ILS AIMENT"
Parution le 28 janvier 2004 en page 27 "LE VOILE : PEUR, PROTECTION, JEU ?"
Parution le 19 avril 2004 en page 27  "LE SEUL SIGNE ou Y’ EN A MARRE...
Parution le 12 juillet 2004 en page 27  "LES VICTIMES DONT ON NE PARLE PAS" 
Parution le 25 août 2004 en page 27  "PETITS MIRACLES A LOURDES" 
Parution le 22 septembre 2004 en page 27  "FLEURS D'AFRIQUE" 
Parution le 17 janvier 2005 en page 27  "VAGUELETTES MONSTRUEUSES" 
Parution le 13 avril 2005 en page 27  "LES SOURIRES DE JEAN-PAUL II" 
Parution le 1er septembre 2005 en page 27  "JMJ ET BCBG" 
Parution le 13 septembre 2005 en page 27  "LES DEUX RESCAPES" 
Parution le 10 novembre 2005 en page 27  LA "RACAILLE" 
Parution le 19 janvier 2006 en page 27 "OUTREAU : LE COMBAT CONTINUE"
Parution le 6 mars 2006 en page 27 "JEUNES PRETRES, DORMEZ"
Parution le 4 juillet 2006 en page 27 "LES BETES POLITIQUES"
Parution le 23 décembre 2006 en page 27 "L'EGLISE EN PRISON"
Parution le 23 janvier 2007 en page 20 "BONNES VACANCES, VIEUX PROPHETE"
Parution le 11 mars 2007 en page 11 "LE PAPE ET SES GARDES"
Parution le 16 août 2007 en page 27 "IL M'A PORTE ET JE L'AI PORTE"
Parution le 30 décembre 2007 en page 14 "UNE CRECHE DE 25 ANS"
Parution le 19 janvier 2008 en page 14 "MA RAISON DE VIVRE"
Parution le 2 août 2008 en page 17 "DU BOUT DU MONDE"
Parution le 18 août 2008 en page 15 "UNE PETITE FOURMI DE MOINE"
Parution le 11 octobre 2008 en page 14 "MES RACINES ALGERIENNES"
Parution le 7 janvier 2009 en page 14 "LE SIGNE QUE VOUS ETES"
Parution le 10 juin 2009 en page 17 "UN AGNEAU DEVENU CHIEN"
Parution le 10 août 2009 "JEUNES PRETRES, REVEZ"
Parution le 20 août 2009 "BENIR : LA JOIE DU PRETRE"

 

« PHOTOS SALISSANTES »  (paru dans « La Croix » du 21 février 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

      « Un caméraman est resté posté toute la nuit et sous la pluie, en face de la prison", me dit le directeur. L'opérateur guettait la possible sortie  de Patrick Henry, Le chef de l'établissement me confiait sa lassitude écœurée face aux demandes d'interviews qui affluent et qu'il refuse systématiquement. Visitant la prison, de cellule en cellule, j’ai rencontré Patrick. Homme un peu tassé, au visage diaphane, il a opéré une véritable reconversion personnelle et spirituelle. Le tueur pervers, qui « avait fait peur à la France », selon le mot célèbre d'un présentateur de télévision, est un homme nouveau.

     Sa réinsertion semble évidente et rend possible son départ du centre pénitentiaire. Ce qui peut être signifiant pour tant d'autres prisonniers en les appelant au plus haut durant leur incarcération. Mais les proches de la victime restent à l'affût, toujours blessés par l'horreur diabolique du geste criminel d'il y a vingt-cinq ans. Toute image de Patrick Henry, une fois libre, serait une insulte aux victimes. La campagne qui provoque tant de remous pour la libération ou non de Maurice Papon n'est pas inintéressante. L'humiliation mondiale que subira Maurice Papon jusqu'à la fin de ses jours vaut tellement plus que toute incarcération prolongée, à 90 ans... 

    À condition qu'à sa sortie des caméras ne ravivent pas les plaies toujours à vif des proches de ceux et celles qu'il a exécutés avec son seul stylo. Et qu'en toute justice d'autres voix s'élèvent pour faire libérer la quinzaine d'autres condamnés âgés de plus de 80 ans. Sinon, comme Papon, ils seront « exécutés» mais lentement...

    La chasse semble ouverte en Angleterre pour photographier les visages d'adultes de Robert et John, les deux tueurs de 12 ans, qui ont massacré, il y a quelques années, le petit James (5 ans) à Liverpool. Ils vont changer d'identité. et pourront alors vivre parmi nous sans que nul les reconnaisse. Sauf si un photographe arrive à les débusquer pour fixer leurs visages d'adultes. Et rappeler sans doute au père de John qu'il a juré de les tuer. Et qu'il peut le faire. Les victimes Comptent d'abord et avant tout. Et nous nous devons de les respecter en priorité absolue.

    Si nous laissons à ceux qui ont tué un espace de miséricorde, par la liberté accordée, laissons-les vivre avec leurs remords et l'espoir de leur rédemption. Le plus strict anonymat s'impose pour cela. (Aux ex-bourreaux, bien sûr, de ne pas chercher à réoccuper la scène publique). Sinon, photographes et lecteurs, assoiffés de sordide, nous nous mettons en position de Complices des bourreaux. Comme « voyeurs ». Et, au fond, nous salissons les victimes en prolongeant leur calvaire.

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« AINSI MEURENT LES PRETRES... » (paru dans « La Croix du 27 mars 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

    Dans la sacristie, une quinzaine de prêtres entourent le cardinal Billé, archevêque de Lyon. Nous allons entrer dans la basilique de Fourvière. Soudain, un prêtre âgé s'affaisse doucement, s'accrochant à deux jeunots de l'Eglise qui le retiennent. Nous nous précipitons. On l'allonge. Un malaise, peut-être... Un docteur arrive sur-le-champ. On part célébrer. Il meurt à la sacristie, pendant la consécration. Je me souviens alors de mon curé, usé par sa tâche qu'il a assumée jusqu'au bout. J'allais tous les jours le visiter à l'hôpital. J'avais 15 ans. Bourru, pète-sec, directif, il n'était pas très facile de contact. Mais la maladie qui le dévorait l'avait rendu proche, calme et serein. 

    Mes visites le réjouissaient fort. Il ne me le disait jamais. Je n'avais qu'à regarder ses yeux pour comprendre que j'étais sa relève et que c'était sa joie. C'est en entrant une dernière fois dans sa chambre qu'il m'a tendu les mains. Je me suis avancé et il a expiré dans mes bras, en articulant une dernière phrase que je n'ai pas comprise. Sans aucun doute, il me passait le témoin dans son dernier soupir. Usés, les prêtres, ils le sont. Jusqu'à la corde. Mais ils vont jusqu'au bout de leur mission. Partout, je les vois assumer mille petits services qui soulagent leurs confrères aux multiples paroisses. 

    Ils sont parfois à des années-lumière de ce que vivent les jeunes prêtres. Qu'à cela ne tienne, ils restent. Quelle est la profession où l'on dure ainsi, bien au-delà de la retraite fixée par la loi ? Ayons pour ces « dinosaures  » de l'Église la tendresse de ceux et celles qui admirent leurs petits pas où leurs dernières forces sont jetées. Visitons-les. Aimons-les. Souvenons-nous de leurs multiples charges, de leur passage d'un Vatican à un autre. Ils sont passés d'églises pleines à des temples déserts. D'une pastorale triomphante à une Église qui semble ne rien signifier pour le monde. Ces "baroudeurs"sont des apôtres au coeur de feu.

    Réjouissons-nous de leur présence dans l'Eglise. Réchauffons-nous auprès de leur coeur usé par les labeurs. Ils restent des priants super-actifs. Et ils sont des « guetteurs » d'aurore. La leur qui pointe, par la proximité de l'éternité qui approche. La nôtre, par leur combat inlassable, qui nous permet de continuer à faire renaître l’Eglise sur les chemins de l’Espérance.

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« L’INCONSCIENCE A TOUTE VITESSE » (paru dans « La Croix » du 16 mai 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

    La bataille rangée commence dès que la horde a envahi ma voiture de location. Après une rapide visite du tableau de bord, les jeunes se vautrent dans les fauteuils me recommandant un départ sur les chapeaux de roues. Ce que je ne manque jamais de ne pas faire, évidemment! Les « Double cet enfoiré! » « T'as vu cette limace ? « , « Fous-lui les pleins phares dans sa gueule! » et autres poncifs aimables jaillissent des lèvres de nos chérubins, futurs avaleurs de bitume. Bien sûr, ils ont repéré avant toute chose le cadran indiquant la vitesse maximale. Le « 230 km/heure » est, pour eux, le seul objectif à atteindre, Mon prudent 130 km/heure les désespère. Ils se rapatrient alors sur la sono... que je leur interdis de toucher.

    J'ai failli, un jour, avoir un crash en voulant repousser deux mains qui s'acharnaient à zapper des musiques différentes. Après avoir touché à tous les boutons, la bande se chamaille ou s'endort. Avec les dispositions qui les animent si jeunes, ils sont fin prêts, sans qu'ils le sachent, à grossir l'hécatombe banalisée des 3 000 jeunes, morts rituellement sur les routes de France en un an.

    Sans compter les dizaines de milliers de blessés avec, en prime, tous ceux et celles condamnés à ne pousser que deux « volants verticaux ». Assis à vie. Les constructeurs de voitures devraient, en priorité, entrer dans la catégorie des «  pousse-au-crime » et être inculpés en grande partie pour 400 000 morts annuels, victimes de la route dans le monde. L'aberration absolue est qu'ils construisent des bombes roulantes, de plus en plus fragiles et puissantes à la fois. Les adultes commencent à s'en inquiéter.

    Quant aux jeunes, ils s'en délectent, inconscients qu'ils sont des risques extrêmes qu'ils vont courir ou faire courir. Il semble que seulement 2 % de ce que nous donnons à l'État, pour ce qui touche l'automobile, soient investis dans l'entretien de nos routes. Autre formidable aberration! Un temps, des élus, excédés par la tuerie, ont bardé les routes de leur commune d'épitaphes mortuaires: « Ici: 4 morts », « Là: 8 morts ». Mais sans doute ces stèles funèbres faisaient-elles désordre... ou se retournaient-elles contre ces mêmes élus. Le citoyen pouvait se dire, en effet : "S'il y a tant de morts à cet endroit, c'est que rien n'est fait pour empêcher qu'ils le soient".

    Persévérons donc dans notre lâcheté qui provoque cette tuerie banalisée. » D'autres moyens sont aussi à leur disposition, jeux vidéos à base de compétition routière hard, films comme Taxi 1, etc. Nos futurs tueurs de la route sont plus que jamais programmés pour entrer dans la danse macabre. Continuons donc gentiment à les prévenir des risques innombrables que comportent les routes, en ne prenant aucun moyen en amont pour les empêcher de se détruire ou d'anéantir ceux qu'ils auront le malheur de croiser.

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« CŒUR DE PRETRE, CŒUR DE FEU » (paru  dans « La Croix » du 4 juillet 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

  C'est le coeur vibrant de joie que tu t'approches, aujourd'hui, de l'autel. Une immense aventure commence. Un appel, impérieux ou par à-coups, semé d'embûches ou sans aspérités, t'a conduit à ce jour béni de ton ordination. Ta joie est immense. L'évêque vient de te dire: « OK ! avance au large. » Ces pages blanches et enivrantes qui s'ouvrent devant toi, tu ne les rempliras qu'avec le coeur de Dieu, lié à ton coeur. Je me souviens de ce jour béni (il y a trente-six ans) comme si c'était hier. Éperdu de bonheur, je bénissais mes parents à l'issue de la cérémonie. C'étaient leurs coeurs que je voulais remercier. Ils m'ont tant aimé! Si je savais un peu (si peu) ce qu'était le coeur de Dieu, c'était à eux que je le devais.

    Saint Jean, dans ces trois mots qui englobent tout l'Évangile : « Dieu est Amour », me le confirme chaque jour. Ton coeur de prêtre sera la clé de ton sacerdoce. Annonce la Bonne Nouvelle avec ton coeur. Tes études, ta théologie, tes licences ne te serviront à rien, si ton coeur d'homme et de prêtre ne vibre pas avec celui de Dieu. La prière assidue, forte, pressante, à tous instants te donnera ce feu intérieur que tu communiqueras.

    Que tu sois orateur brillant ou piètre prédicateur n'aura rien à voir dans la parole que tu devras offrir. Donne les sacrements avec amour et force. Ne t'y habitue jamais. Ta plus belle prédication sera là. Nulle part ailleurs. Tout jeune, je regardais les prêtres à l'autel. Deux m'ont marqué à vie. J'avais la sensation inexplicable que le Seigneur était au bout de leurs doigts. Ton coeur d'homme, tu viens de l'offrir à Dieu sans retour. Il te le rendra au centuple. Protège ton coeur, tes yeux, tes oreilles. Tout ton corps.

    Tu buteras forcément sur les appels de l'amour humain. Le combat ne cessera pas. Tu crieras parfois, dans la nuit, ta solitude. Tu penseras que ton coeur peut être partagé. Que ton célibat est trop dur. Plonge dans le Coeur de Dieu. N'oublie jamais: « Lui, seul, est fidèle. » Dis-lui, crie-lui: « Mon Dieu, rends mon coeur semblable au tien. » Oui, si ton coeur de prêtre est au diapason de celui de Dieu, alors ton sacerdoce sera force, joie et feu.

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« JUSQU’AU BOUT » (paru dans « La Croix » du 24 juillet 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

  Il va mourir. Et il le sait. Je n'oublierai jamais le jour où le diagnostic lui a été donné. Il m'a demandé de l'accompagner. Juste avant, il m'a regardé. Ses yeux profonds me vrillaient. Longtemps, longtemps il a accroché mon regard. Et puis, il est entré pour la consultation. En sortant, il avait les yeux fixés à terre. J'avais compris. C'est bien après qu'il m'a dit au cours du repas qui a suivi: « C’est foutu! Je ne me soignerai pas, J'irai, jusqu'au bout comme ça. » J'ai tenté  de l’ aider à revenir sur sa décision. En vain.

    Alors, je me suis tu. Il ne me restait plus qu’à demeurer auprès de lui. Le plus souvent possible. Le plus silencieux possible. Combat plus que difficile. Mais il est ma priorité. Aller en retraite, alors qu'il m'appelle ? J'aurais bonne mine de lui dire que je prie pour lui alors qu'il m'attend. Mes retraites se feront à ses côtés. La charité passe avant la prière. Il est croyant. Me voir prier, même si Dieu n'a pas le même nom que le sien, ne lui est pas indifférent. Bien au contraire. Je comprends de plus en plus, à ses côtés, la communion de la présence.

    Cette présence invisible du Christ souffrant, je la devine en lui presque physiquement. Les signes cliniques de la maladie qui le dévore apparaissent peu à peu. Je ressens le couronnement d'épines, les coups, la Croix portée, les moments d'intense épuisement, les courtes rémissions entre les stations du calvaire que, stoïquement, il gravit. Il se réveille souvent, la nuit. Il vient alors s'asseoir au bord de mon lit.

    On parle de Dieu, de l'au-delà. Le plus dur, c'est quand il m'a demandé de prier pour que la fin arrive vite. Je n'ai pas osé. Je pleurais, le soir, dans mon lit, face à mon impuissance et mon désarroi. Et puis, le lendemain, rasséréné, j'ai accepté. En effet, il a soudain prononcé la phrase du Notre Père qu'il m'avait entendu dire tant de fois aux messes où il me suivait: « Que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel. » Je l'ai redite avec lui, lentement.

    C'est un grand mystère que d'accompagner celui ou celle qui part vers la Lumière, en plein brouillard, en pleine jeunesse. C'est un écartèlement. C'est une route inconnue aussi. Parce que c'est être là, toute affaire cessante. C'est bousiller son emploi du temps, même si son entourage ne comprend pas toujours. C'est aussi la grâce déchirante d'avoir les pieds bien sur terre, alors qu'il faut mettre ses pas dans les pas de celui qui, doucement, s'en va en s'appuyant désespérément sur des épaules qui ne doivent pas s'affaisser. Marie est alors l'accompagnatrice hors pair.

 

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« MA MERE ET SES MESANGES » (paru dans « La Croix » du 3 août 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

    Regarde mes mésanges! » dit ma mère, le visage radieux. Assise sur son fauteuil roulant, elle pointe son doigt déformé par l'arthrose vers le petit panier suspend renfermant les graines dont raffolent ces oiseaux.

    L'un d'entre eux, quand ma mère était encore valide, la suivait tout autour de la maison quand elle refermait, le soir venu, portes et fenêtres. C'est pour ses mésanges, et pour bien d'autres choses, que nous avons tenu, mes 14,frères et soeurs et moi-même, à ce qu'elle reste dans sa maison.

    De multiples opérations et, depuis deux ans, une paralysie du côté droit ne nous ont pas démobilisés. « Elle restera jusqu'au bout dans la maison de notre enfance où son coeur et celui de notre père nous ont tant donné d'amour, » Telle est notre volonté.

    Pour cela, il faut payer les personnes qui s'occupent d'elle jour et nuit. Qu'à cela ne tienne, nous payons. Nos parents ont donné tout ce qu'ils avaient aux 15 oisillons que nous étions. Pauvres ils étaient. Mais fabuleusement riches de leur amour.

    Ses 89 ans n'ont en rien altéré son rire qui fuse de temps à autre. Elle a ce talent rare de ne rappeler que les bons moments. Ceux, lumineux, qui donnent au moment présent la bonne odeur du pain savoureux qui sort juste du four.

    Elle ne se plaint jamais. Et pourtant, quelles souffrances elle a endurées! Certains de mes frères et soeurs viennent de week-ends en week-ends pour être là, auprès d'elle.

     Quelques-uns traversent régulièrement toute la France pour ne pas manquer ce rendez-vous de la piété filiale. « Tes père et mère honoreras », dit la Bible. Nous tentons de le vivre, bellement, rudement. Chacun à notre façon.

    Pour terminer, cette parabole des temps modernes apte à dynamiser tant de familles déchirées par des affaires sordides d'héritages. Ma mère a voulu vendre un petit terrain attenant à sa maison. Il fallait, pour cela, nos 15 signatures, sans compter les 37 autres des neveux et nièces. En quinze jours, ma mère a récolté nos 52 griffes! « Comme vous devez vous aimer », a simplement commenté le notaire, étonné et touché. C'était le plus bel hommage rendu à celle qui nous a appris, par son amour, à aimer à notre tour.

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« EGLISE TENDANCE » (paru dans La Croix du 6 septembre 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

      Le monde est ainsi fait. Si on n'est plus dans le coup, on est viré. Au travail, dans les médias, au cinéma dans l'athlétisme, dans les responsabilités multiples qu'on assume. Pratiquement partout.

    Ce qui est jeune, nouveau, performant, dans le coup, efface tout ce qui date. L'Église date. Elle a 2 000 ans. Elle passe souvent, aujourd'hui, pour « dépassée ». Au fond depuis toujours. Dans le monde vouée au service du monde, elle assume depuis deux millénaires le regard implacable de ceux et celles qui sont « tendance », c'est-à-dire qui épousent, sans restriction, moeurs, culture, arts, langage, habillement du temps. Combat acharné s'il en est! Que le meilleur  gagne. L'Église épouse toujours son temps. Mais elle a une autre boussole et une longue vue différente.             

    Elle prend parfaitement conscience du monde où elle se situe, Mais elle est inspirée par d’autres valeurs plantées sur le roc de sa foi incarnée par le Christ. Et c'est là où ça coince. Forcément !

    Pour elle, l'humain n’est pas une machine à produire. Le plus pauvre à servir est son idéal. La vie; à partir du foetus, est à sauver à tout prix. Le vieillard souffrant n'est jamais à achever . Le couple fidèle est l'exemple à suivre. Et, en plus, elle a le culot de mettre son nez partout, Rien de ce qui est humain ne la laisse indifférente. Elle se voit alors traitée de « ringarde » « dépassée », « conservatrice », « pas dans le coup », « hors du temps ». C'est là que l’Eglise se plaçant au dessus de la bataille des tendances où s'engouffre la majorité d’entre nous assume le risque majeur et noble: celui d'avoir une parole, paradoxalement, parmi les plus modernes et les plus prophétiques du monde.

    Elle lutte pour la survie de l’humanité, son harmonie, son indéfectible dignité. Elle parle de culture de la vie. Partout où l'Eglise s'est confondue avec les pouvoirs ou les moeurs du temps, elle s'est perdue inexorablement. Avec son milliard de chrétiens qui la suit vaille que vaille, elle apparaît avec ses failles et ses turpitudes comme la lumière qui éclaire les nations. C’est pour cela qu’elle est la cible idéale.

  Réjouissons-nous donc, non  pas d’être des victimes d’attaques innombrables, mais d’être au cœur du monde une espérance invincible.

« Soyez comme des fous », disait Saint Paul. C'est cette folie-là qui, finalement, nous rend crédibles. Parce qu'elle sauvera l'humanité.

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“NOUS SOMMES TOUS DES ALGERIENS” (paru dans “La Croix” 

du 20 septembre 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

     Le jour de l’horreur à  NewYork,  trois jeunes étaient assassinés en Algérie par des terroristes, à un faux barrage. Après les avoir lynchés à l’aide de grosses pierres. les assassins ont égorgé les trois adolescents. Le lendemain, la caricature d’un célèbre humoriste algérien esquissait, de façon réaliste et macabre à la fois, un dessin où un citoyen algérien se réjouissait de n’avoir pas de building dans son pays.

    A côté de ce même citoyen, un terroriste armé d’une hache finissait son carnage. Oui, l’Algérie est un immense « World Trade Center “. En fonction des derniers chiffres mentionnant le nombre des victimes du drame américain, c’est vingt fois plus de morts que l’Algérie déplore est l’espace de dix ans. En retraite sacerdotale dans le diocèse d’Alger, j’ai participé, comme chacun d’entre vous, à la veillée funèbre où le monde entier assistait, horrifié, est direct, à ce que le génie humain peut inventer de plus monstrueux.

    Ce qui m’a frappé, durant mon court séjour  sur cette terre que j’aime tant, c’est la mesure des Algériens face à la démesure de l’acte criminel et des réactions mondiales. Ce peuple meurtri sait est effet, mieux que n’importe quel autre, ce qu’il y a de plus sanguinaire et de plus diabolique dans l’homme. A chaque coin de rue, à chaque visite à un ami, à chaque fête ou deuil. des monstres peuvent stopper net la soif de vivre, la joie d’aimer, le partage de la douleur d’un peuple. La veille du jour où le coeur du monde a vibré à l’unisson face à l’indicible vécu par les Américains, une veillée funèbre a été interrompue, près d'Oran, par le massacre d’une famille très pauvre qui pleurait un parent décédé. Et ce peuple tient le coup. malgré un martyrologe qui n’en finit pas de s’allonger Eux aussi comme leurs frères et soeurs americains, n’ont pas de mots à opposer à ce long supplice. Le visage des Algériens est grave.

    Mais, soudain, l’allégresse éclate en pleine rue. La rentrée scolaire est aussi bruyante et joyeuse que partout dans le monde. Peuples agérien et américain, gardez l’espérance C’est votre meilleure défense face à la folie suicidaire de certains de nos frères. L’ amour et la paix vaincront, quoi qu’il arrive, quoi que vous puissiez endurer encore-Je quittai le lieu de ma retraite algérienne en contemplant les portraits des  prêtres et évêques algériens ayant payé de leur vie leur solidarité avec un peuple martyr. Et j’ai lié ces visages à ceux de tant de pompiers, policiers, secouristes et bénévoles qui ont, eux aussi, péri pour sauver. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner Sa vie pour ceux qu’on aime ».

     

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« HISTOIRE D’UN CHENE » (paru dans « La Croix » du 7 novembre 2001 ; reproduit ici avec leur aimable autorisation)

    Cet été, j’ai entrepris de débroussailler un terrain à la Bergerie de Provence. Avec un jeune, Mickaël, j’éradiquais l’ivraie envahissante. Et je tombe sur un chêne minuscule qui, miracle, survivait au milieu d’une Jungle inextricable.

    Je contemplais le chêne longuement. Mickaël, me voyant quasiment en lévitation devant cinq feuilles de chêne, me pensait quelque peu dérangé Je lui expliquais ce qu’était cet arbre sous l’ombre duquel saint Louis jugeait ses sujet& « Ses racines, Mickaël, peuvent atteindre trente mètres de profondeur. » Je lui disais que seuls les chênes ont tenu ferme lorsque, il y a huit ans, des pluies diluviennes avaient provoqué des glissements importants de terrain dans notre propriété. Je lui décrivais des blocs entiers de terre qui s’étaient détachés, entraînant des pins de dix ou vingt ans avec eux. «Les racines des pins ne sont qu’en surface. » Longuement, je lui narrais la beauté du chêne, sa force, sa puissance, Sa beauté et Sa rainure ombrée. Tu te reposeras sous la fraîcheur de cet arbre, Mickaël, dans soixante ans Et tu te souviendras. »

    Nos jeunes citadins ignorent tout de la nature, de Sa splendeur et de sa    fragilité. Citadins, ils nous arrivent. Attila» en herbe, saccageant tout ce qui vit de flore et d’herbe. La sanction tombe alors, implacable. Leurs payes s’en ressentent. Rien de tel que de toucher au portefeuille pour qu’ils deviennent des écologistes distingués . Leur montrer une orchidée rare est un enchantement.

    Un de mes « Attila apparemment conquis par mon discours sur la     protection de la nature, avait acheté ensecret des oignons qu’il avait plantés au gré de Sa fantaisie. Merveille du printemps Je découvrais, un peu partout, narcisses, jacinthes et autres beautés printanières surgissant dans les endroits les plus inattendus. Le loubard avait la main verte !

    Son cadeau, je l’ai apprécié infiniment. Apprendre à nos enfants ce que nous avons appris est un des impératifs majeurs de la mémoire. Il en va de la survie de l’humanité.

    Parce que nos enfants dégusteront, alors, la fraîcheur de l’ombre du chêne. Et ils la communiqueront à leurs enfants.

    Cela permettra peut-être à leurs petits-enfants de ne pas vivre, dans cent ans, avec un masque à oxygène!  

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